La paupérisation du marché automobile français s'accélère

Le 1er décembre, après avoir annoncé une baissé du marché automobile français de 2,3 % en novembre, le CCFA revu à la baisse ses prévisions de ventes de voitures neuves pour le marché français en 2014. Alors que le Comité prévoyait jusqu'à présent une hausse de 2 % des volumes, ceux-ci devraient se limiter à une progression de 1 % à 2 %, probablement aux alentours de 1,4 %, à 1,815 million d'unités. Sur les onze premiers mois de l'année, les ventes n'affichent qu'une progression de 1,1 %, et 2015 ne s'annonce pas mieux. « Nous prévoyons une stabilité du marché. On ne voit pas de raison de décoller de manière significative des volumes actuels », a indiqué Patrick Blain, président du CCFA. « Il n’y a pas de raison logique, d’un point de vue macro ou micro-économique, pour que le marché automobile redémarre », a ajouté François Roudier, porte-parole du CCFA. Ces perspectives tranchent avec le rebond européen - les ventes ont progressé de 6,5 % sur dix mois -, alors même que le marché navigue sur des volumes inférieurs de 15 % à ceux d'avant-crise. Depuis le début d'année, sans les succès des Renault Captur et Peugeot 2008, les ventes auraient même baissé de 5,4 %.

« Je n'ai pas peur de le dire, le marché français se paupérise. C'est net », a de son côté déclaré Jacques Rivoal, président de Volkswagen Group France et par ailleurs président de la CSIAM (Chambre Syndicale Internationale de l'Automobile et du Motocycle), qui regroupe les constructeurs étrangers. Sur fond d'une économie à l'arrêt et d'un pouvoir d'achat en berne, la voiture neuve devient un luxe de moins en moins accessible. Les particuliers font durer leurs véhicules, comme le révèle le vieillissement du parc, qui se rapproche cette année des 9 ans en moyenne, alors qu'il était de 5,8 ans en 1990. Et, lorsqu'ils ont besoin d'acheter une voiture, ils se reportent sur des véhicules d'occasion. Avec 4,6 millions de voitures vendues sur les dix premiers mois de l'année, le marché de la seconde main est au plus haut depuis 2007, et pèse trois fois plus que le neuf. En 1990, ce ratio n'était que de deux pour un.

Plus largement, les ménages surveillent de près leurs dépenses - la part de l'automobile dans le budget des ménages est tombée à 11,4 %, son niveau le plus bas depuis quarante ans - et ciblent des achats raisonnés. Ce n'est pas un hasard si Dacia, la marque à bas coût de Renault, affiche la plus forte progression sur le marché français depuis le début d'année : + 18,2 %. « Les gens privilégient les achats rationnels au détriment de l'émotionnel, et les modèles qui ont un bon rapport qualité-prix », a expliqué Philippe Buros, directeur commercial France de Renault. Pour alléger leur porte-monnaie, les acheteurs se tournent en outre vers des modèles plus petits : depuis le début d'année, la gamme économique et inférieure (segments A, B, C) représente 84 % des ventes (72 % des ventes en Europe), contre 63,4 % dans les années 1990.

D'autres indicateurs soulignent la perte de valeur du marché. Dans le financement, outre le fait que les taux historiquement bas ne soutiennent pas davantage les ventes, les constructeurs constatent la montée en puissance des financements de location avec option d'achat (LOA), qui ont grimpé de 17 % sur les neuf premiers mois de l'année, selon l'Association des sociétés financières. De plus, les particuliers ne représentent plus que 50 % des ventes (contre plus de 60 % au début des années 2000), le reste étant assuré par les entreprises, avec des rabais plus élevés. Une perte de valeur générale qui se résume dans le prix de vente moyen d'un véhicule neuf en France. Celui-ci reste scotché depuis des années autour de 20 000 euros, rappelle le CCFA. (CHALLENGESOIR 1/12/14, ECHOS 2/12/14)

Alexandra Frutos