La panne de l'économie russe, phase de transition indispensable ? (1/2)

De 2003 à 2013, le rouble s’est apprécié de près de 45 % en termes réels. À titre de comparaison, les pays à croissance rapide comme la Chine et l’Inde n’ont renforcé leurs monnaies que de 10 %. Pourtant le niveau de vie exprimé en termes de PIB par habitant y a crû bien plus rapidement qu’en Russie. Si en Russie cette hausse a atteint 85 %, elle était en Chine de 206 % et en Inde de 120 %. La Russie est parvenue à améliorer le niveau de vie grâce au renforcement de la monnaie nationale et à la hausse rapide des salaires réels. Mais cette situation ne pouvait durer éternellement, le renforcement de la monnaie nationale et la hausse des dépenses intérieures freinaient considérablement la capacité d’exportation de l’économie russe.

Ainsi, la tendance négative apparue à partir de 2012 a conduit à une baisse de rentabilité de tous les secteurs économiques à l’exception de celui des hydrocarbures, à une réduction des investissements, et au ralentissement de la progression des salaires réels. Au final, l’économie russe a commencé à accuser un brusque ralentissement à presque tous les égards. En 2014, la situation a été aggravée par les tensions géopolitiques, les sanctions, la fermeture des marchés extérieurs et une fuite notable de capitaux. L'été dernier, une forte baisse des prix du pétrole est venue couronner le tout. Il est devenu presque impossible de maintenir le cours du rouble à un niveau élevé et, après l’adoption d’une politique de libre-flottement de la devise russe, celle-ci a commencé à se déprécier fortement. Actuellement, la dynamique du cours du rouble reflète fidèlement la chute des prix du pétrole.

Secteur clé de l'économie russe, l'industrie automobile subit de plein fouet les fluctuations du rouble et les sanctions commerciales occidentales. Après avoir atteint des niveaux record, le marché russe a commencé à se replier au printemps 2013 mais le mouvement a tourné à la déroute avec la crise ukrainienne et l’adoption de sanctions contre Moscou. Les ventes de véhicules légers en Russie ont reculé de 10 % en 2014, à 2,5 millions d’unités, selon les chiffres de l’AEB (Association des affaires européennes).

Carlos Ghosn, président de Renault-Nissan, a indiqué que le marché automobile russe pourrait de nouveau baisser cette année, de 20 % environ. "C’est un tiers du marché russe qui disparait en deux ans", a-t-il déploré. "La situation est très mauvaise, mais nous devrions toucher le fond cette année", a ajouté M. Ghosn. Renault-Nissan va accélérer la localisation de sa production en Russie afin de pallier la dévaluation du rouble, a ajouté Carlos Ghosn. "Quand vous êtes prêts à fabriquer un certain nombre de véhicules et que soudainement le marché chute, vous devez réduire vos coûts et vous adapter à la nouvelle réalité des choses. En outre, il y a le problème du rouble, qui a perdu 40 % de sa valeur l’an passé. Cela nous oblige à accroître notre contenu local, le plus rapidement possible, et à interrompre le développement de certains modèles et de certaines technologies qui demandent trop d’efforts financiers", a-t-il expliqué.

M. Ghosn estime en effet que la Russie va rester "un point sensible" dans les activités du groupe, et que les difficultés économiques causées par les sanctions commerciales et les pressions sur le rouble vont probablement durer "un certain temps". M. Ghosn a ajouté que Renault-Nissan se préparait à une longue période de contraction du marché automobile russe. La Russie est le troisième marché pour les véhicules Renault, derrière la France et le Brésil. Mais M. Ghosn prévoit que 2015 ne sera pas "une grande année pour le marché russe" et que le constructeur devrait s’y adapter. "Nous avons été rentables en Russie. Nous nous préparons à perdre l’essentiel de cette rentabilité", a déclaré M. Ghosn.

Juliette Rodrigues