La panne de l'économie russe, phase de transition indispensable ? (2/2)

Quels facteurs extérieurs auront une influence déterminante sur l’économie russe en 2015 ? Premièrement, le prix du pétrole. L’interruption de sa chute ou sa stabilisation à un certain niveau annoncerait, probablement, une reprise économique. Ainsi, de nombreux analystes s’accordent à dire que l'or noir est et reste une marchandise dont la demande ne fait que croître avec le développement de l’économie mondiale. Les baisses de la demande ou le boom du pétrole de schiste aux États-Unis ne sont que des phénomènes temporaires, et la croissance à long terme des prix du pétrole reste une tendance de fond. Aussi la stabilisation des prix pétroliers se traduira-t-elle par la stabilisation du rouble.

Deuxièmement, l’économie russe sera influencée par la politique des banques centrales internationales. Alors que la banque du Japon poursuit sa politique de planche à billets à grande échelle et de rachat de la dette publique, et qu'en Europe des débats sont en cours à la BCE concernant une reprise des rachats des obligations, déclenchant l’hostilité de l’Allemagne, aux États-Unis, le processus de retrait des liquidités "excédentaires" du marché gagne en ampleur. Cela risque de se traduire par un affaiblissement supplémentaire du yen et de l’euro par rapport au billet vert.

Troisièmement, les pays asiatiques, et surtout la Chine, obtiennent une possibilité de s’établir activement sur le marché russe et de construire des relations à long terme dans les secteurs qui présentent un intérêt mutuel.

À l’intérieur de l’économie russe, la lutte de la Banque centrale contre l’inflation et pour la stabilité du rouble limitera considérablement les possibilités de croissance économique. Globalement, l’année 2015 devrait probablement être marquée en Russie par un ralentissement de l’activité économique, une réduction des dépenses, l’adaptation des entreprises aux nouvelles conditions et une réduction de la consommation des ménages.

Toutefois, on peut considérer que c’est une étape indispensable de la transition d’une économie "de manne pétrogazière" vers une croissance équilibrée et durable, estime Konstantin Korichtchenko, directeur du département des marchés boursiers et de l’ingénierie financière de la Faculté des Finances et de la Banque de l'Académie russe de l'économie nationale, et ancien vice-président de la Banque centrale. Si l’expérience des autres pays montre que ce processus de transformation peut être très douloureux, l’utilisation active des mécanismes du marché pourrait toutefois considérablement raccourcir sa durée.

Juliette Rodrigues