La lutte contre les émissions de CO2, fer de lance de PSA et Renault dans un marché convalescent

Le Mondial de l’Automobile de Paris donne l’occasion à PSA Peugeot Citroën et Renault de faire le point sur leurs futurs choix technologiques en matière d'émissions de CO2, afin de respecter, à l’horizon 2020, les normes environnementales en Europe et en Chine. En décidant de se positionner sur le segment de l'hybride rechargeable à essence, qui associe un moteur thermique à une batterie électrique rechargeable sur le réseau, ils font un pari sur l’avenir, pari qui pourrait leur permettre de prendre un avantage stratégique sur un marché européen convalescent.
Chez Renault, derrière le prototype Eolab, qui peut se targuer de ne consommer qu’un litre aux 100 km, c'est la technologie ZE Hybrid qui est mise en avant et qui se retrouvera sur la gamme dès 2018, précise-t-on chez le constructeur. Celui-ci se refuse à préciser le modèle qui intégrera le premier la technologie. Si l'hybride rechargeable a longtemps été réservé aux gammes supérieures du fait de son coût élevé, Renault pourrait l'étendre aux citadines grâce à son expérience dans les véhicules à bas coûts. En supprimant l'embrayage et en intégrant une boîte de vitesses simplifiée à trois rapports, le système monté sur Eolab se veut moins coûteux et pourrait trouver sa place dans les segments des citadines, des véhicules compacts, mais aussi dans la gamme « low cost ». « Ce n'est pas un choix entre hybride ou électrique, on voit qu'une palette de technologies est en train de se dessiner », a souligné Carlos Ghosn, président de Renault.

PSA Peugeot Citroën mise quant à lui sur une autre stratégie. Le constructeur présente à priori trois technologies différentes. En premier lieu, l’Hybrid air, sa technologie à base d'air comprimé, présentée sur ses voitures concepts C4 Cactus Airflow et Peugeot 208 et destiné au segment des citadines. Cependant, l'avenir de cette technologie est toujours conditionné à la recherche d'un partenaire. « C'est compliqué. Mais nous avons acquis un vrai savoir-faire qui nous est utile sur le long terme en termes d'expertise de l'hybridation du véhicule », indique Christian Chapelle, patron de la mécanique de PSA. « Sur les petits segments, nous pouvons atteindre les objectifs européens sans avoir à recourir à une hybridation. Nos moteurs essence et diesel sont déjà à 3 litres aux 100 », poursuit un autre cadre, indiquant par là même que l’Hybrid air n'est pas indispensable, d'autant plus que la technologie n'est pas éligible aux subventions chinoises sur les véhicules propres.

L'obstacle est le même du côté des gammes supérieures, où l'hybride diesel, la technologie de PSA lancée en 2011 (présente sur les 3008, DS5 et 508), reste cantonnée à l'Europe, étant donné que le diesel est absent en Chine. On peut se demander si le groupe a les moyens de conserver cette technologie. Signe de la bascule, le concept Peugeot préfigurant le futur 3008 est doté d'un hybride rechargeable à essence, alors que le modèle actuel est équipé de l'hybride diesel. « Nous lançons son développement l'année prochaine, et nous le verrons dans les gammes d'ici à fin 2018 », indique M. Chapelle. « Le marché chinois est en train de devenir le plus exigeant du monde en termes d'émissions. L'hybride à essence permet de délivrer une consommation zéro émission sur 50 kilomètres, c'est idéal pour ce marché », a déclaré Carlos Tavares, président de PSA, précisant que le groupe devrait « aussi arrêter sa stratégie dans l'électrique, où il proposera aussi sa propre offre ».

Alexandra Frutos