La libéralisation du marché de la pièce de carrosserie, un danger pour le développement de la pièce de réemploi

La filière des pièces de carrosserie de réemploi, issues des démolisseurs, ne sera pas viable si le marché de la pièce de carrosserie neuve est libéralisée, a expliqué Patrick Blain, président du CCFA (Comité des constructeurs français d’automobiles), lors du symposium après-vente organisé le 4 juillet par Autoactu.com.

La pièce de réemploi (mécanique et carrosserie), issue du démontage des véhicules hors d’usage (VHU) par les démolisseurs, a été citée par tous les intervenants du symposium comme l’une des réponses au maintien de l’activité après-vente. En effet, avec un positionnement tarifaire 30 % à 50 % moins élevé que la pièce neuve d’origine, ces pièces permettent d’offrir une alternative économique aux automobilistes dont le budget est de plus en plus contraint. Elles permettent en outre de réparer certains véhicules déclarés « véhicules économiquement irréparables (VEI) ».

Mais pour que ces pièces puissent devenir une réelle alternative, l’offre doit se structurer. Ce besoin de structuration de l’offre est d’autant plus important qu’en 2015, le taux de réutilisation et de valorisation des VHU doit atteindre 95 % de la masse totale du véhicule et le taux de recyclage, 85 %. C’est pourquoi, le CNPA (Conseil national des professions de l’automobile) d’un côté et le groupe Indra de l’autre, ont développé des outils de référencement des stocks de pièces des démolisseurs baptisés Global PRE et Précis. Mais la hausse de main d’?uvre nécessitée par ces taux de réutilisation et de recyclage, ainsi que les investissements logistiques et dans les outils de traçabilité exigés pour structurer cette filière, risquent de grever la rentabilité des démolisseurs si les débouchés ne sont pas là.

Pour M. Blain, « l’équilibre économique de cette filière est l’un des trois challenges à relever » pour garantir sa réussite. Et cet équilibre ne pourra pas être atteint si le marché de la pièce de carrosserie est libéralisé comme le préconise l’Autorité de la concurrence dans son avis rendu fin 2012, a-t-il insisté. « L’abrogation de la protection juridique des pièces de rechange visibles légaliserait la commercialisation des pièces de carrosserie de copie avec le risque qu’elles cannibalisent les pièces de réemploi d’origine », a expliqué le dirigeant. « Cela risque de mettre fin à la traçabilité des pièces de réemploi d’origine de carrosserie et d’entraîner le refus des assureurs et des réparateurs, au détriment des consommateurs, de proposer, préconiser, ou utiliser des pièces dont la filière ne pourrait ni assurer l’origine ni la garantir, de crainte de voir leur responsabilité engagée », a-t-il ajouté. (AUTOACTU.COM 5/7/13)

Alexandra Frutos