La croissance russe va-t-elle payer le prix de l'annexion de la Crimée (1/2) ?

Les sorties de capitaux de Russie, en forte hausse avec la crise ukrainienne, pourraient atteindre 100 milliards de dollars cette année et faire tomber la croissance du PIB à 0,6 %, estime le ministre russe de l'Economie Alexeï Oulioukaïev. Les sorties nettes de capitaux, problème endémique de l'économie russe et qui représentent un indicateur du climat des affaires dans le pays, devraient s'élver à 60 milliards au premier trimestre, soit autant que sur l'ensemble de 2013. Le ministre a observé "une pause des investissements" depuis le début de l'année, avec une baisse de 5 % sur janvier et février. Les investissements pourraient baisser de 1,3 % sur l'année, alors même que la pression sur le rouble s'est accentuée avec les tensions entre la Russie et les Occidentaux.

De son côté, la Banque mondiale a averti dans son rapport trimestriel que si le conflit avec l'Ukraine s'aggravait, "cela pourrait détériorer encore la confiance des hommes d'affaires et des consommateurs et accroître la volatilité du marché, affaiblissant les perspectives pour la croissance". La Banque mondiale a en conséquence élaboré deux scénarios. Le premier prévoit, si la crise suscitée par l'annexion de la Crimée se résout pacifiquement, une croissance de 1,1 % de l'économie russe en 2014, deux fois moins que prévu auparavant. Le deuxième scénario dit "d'intensification des tensions politiques", prévoit un "choc plus sévère". Le PIB reculerait de 1,8 % cette année et de 2,1 % en 2015, un choc équivalent à celui subi lors de la crise financière mondiale de 2009.

Les entreprises françaises présentes en Russie entrent dans une zone de turbulences. Depuis la dégradation du conflit russo-ukrainien, les sociétés du CAC 40 qui voyaient en ce marché un important relais de croissance en Europe s'interrogent. Pour l'instant, ces dernières échappent à la menace immédiate de sanctions économiques qui, selon la Chambre de commerce franco-russe, "s'avéreraient destructrices pour nos deux économies". Elles vivent néanmoins sous le poids permanent "d'une épée de Damoclès".

Juliette Rodrigues