La croissance russe va-t-elle payer le prix de l'annexion de la Crimée (2/2) ?

Dans ce contexte économique tendu et incertain, la plupart des industriels commencent à revoir leur stratégie à moyen terme en Russie. "Nous observons déjà des charges exceptionnelles en raison de volatilité du cours du rouble", indique-t-on chez Opel. "A court terme, nous ne pouvons que réagir en adaptant nos prix, mais à long terme, nous devrons envisager d’augmenter le taux de localisation", explique
Bernhard Mattes, président de Ford Allemagne. Volkswagen maintient pour sa part ses projets de développement en Russie. Le groupe construit actuellement une nouvelle usine de moteurs à Kaluga, où il dispose déjà d’un site d’assemblage. Il a investi un milliard d’euros en Russie sur la période 2006-2013 et a indiqué qu’il investirait 840 millions d’euros supplémentaires dans le pays d’ici à la fin de 2015.
Malgré le maintien de ce projet d’usine, Volkswagen a indiqué qu’il observait de près l'évolution de la crise entre l’Ukraine et la Russie, en raison notamment des risques sur le change qu’elle implique.

Renault-Nissan sera en revanche le groupe qui pâtira le moins de la chute du rouble consécutive à l’annexion de la Crimée par la Russie. Avec un contenu local proche de 100 %, l’Alliance pourrait même tirer avantage de l’affaiblissement de la devise russe, estiment les analystes. "Nous ne voyons pas de conséquences et espérons que nous n'en verrons pas et que la situation se stabilisera", déclare Bruno Ancelin, directeur général de Renault en Russie.

"La situation en Crimée entraînera de toute évidence des perturbations sur le marché russe cette année, où les ventes de voitures pourraient chuter de 7 % finalement, au lieu de la baisse de 3 % initialement escomptée", indique l’institut IHS Automotive. "Mais le marché russe reste appelé à une forte croissance d’ici à 2020, avec des hauts et des bas", souligne-t-il, rappelant que le taux de motorisation du pays est encore inférieur de plus de moitié à celui des Etats-Unis (740 voitures pour 1 000 habitants aux Etats-Unis).

Juliette Rodrigues