La Thaïlande, usine des constructeurs japonais

La Thaïlande est le pays où la production automobile connaît la plus forte croissance au monde. Car, dans un contexte global de crise touchant les principaux constructeurs d'automobiles, la Thaïlande s'est imposée comme une rare exception ces dernières années, au point de devenir la première plateforme de montage automobile de toute l'Asie du sud-est. Son secteur automobile est l'un des dix plus importants au monde, devant la France. Sa production automobile a bondi de 70 % en 2012 par rapport à l'année précédente, atteignant 2,48 millions d'unités, selon l'Organisation internationale des constructeurs automobiles (OICA). En comparaison, la Chine et l'Inde n'ont connu que des croissances à un chiffre sur la même période. Et malgré la crise, la Thaïlande vient de connaître ses meilleures ventes durant les six premiers mois de cette année.

Les firmes japonaises, notamment, qui ont délocalisé en Thaïlande une partie de leur production, mais également Ford, sont pour beaucoup dans cette croissance. Le marché thaïlandais est en outre tiré ces dernières années par des mesures gouvernementales, qui accordent une subvention à chaque foyer pour acheter sa première voiture. De plus, des centaines de millions de dollars ont été investis par la Thaïlande dans de nouvelles usines, afin de soutenir un secteur qui échappe pour l'heure aux signes d'essoufflement d'autres branches de l'économie. "Les nuages et les problèmes peuvent apparaître, mais dans l'ensemble, l'industrie automobile est tirée par les consommateurs. Les consommateurs équipés de deux roues veulent des voitures, et je ne pense pas que ce désir cesse", analyse Uli Kaiser, du groupe Automotive Focus.

Alors que la bataille pour le contrôle du marché s'intensifie, les grands constructeurs automobiles, notamment japonais, investissent eux aussi dans de nouvelles usines, visant à la fois le marché intérieur thaïlandais et l'Asie du sud-est.
Honda ambitionne de produire quelque 420 000 véhicules par an en Thaïlande à l'horizon 2015, avec l'ouverture d'une nouvelle usine dans la banlieue de Bangkok, qui a représenté un investissement de 644 millions de dollars.

L'euphorie actuelle est une revanche sur l'année noire de 2011, quand de graves inondations en Thaïlande avaient forcé de nombreuses entreprises, dont Honda, à fermer temporairement. "Pendant les inondations, nous avons dû fermer l'usine pendant six mois et repousser tous nos projets", rappelle Pitak Pruittisarikorn, vice-président de Honda Thaïlande. Mais "la Thaïlande est aujourd'hui la plus grosse base de production de Honda dans la région", souligne-t-il.

Le mois dernier, son rival Toyota a démarré l'activité de sa toute nouvelle usine d'assemblage locale, qui lui a coûté 340 millions de dollars. Le constructeur en est à sa cinquième usine en Thaïlande ; il y a vendu plus de 500 000 véhicules l'an dernier. Le groupe, dont les pick-ups sont omniprésents sur les routes thaïlandaises, n'envisage pas de céder la première place sur le podium. "Nous avons pleinement confiance dans notre capacité à développer notre industrie ici en Thaïlande, avec de nombreux clients. Nous pouvons maintenir une part de marché de l'ordre de 35 à 40 %", estime Kyoichi Tanada, président de Toyota Thaïlande.

La Thaïlande pourrait cependant avoir connu son "année bénie" en 2012, les ventes ayant commencé à reculer, après un premier semestre 2013 encore très bon. Pour autant, les analystes prédisent un bel avenir à l'industrie automobile thaïlandaise, tablant sur une hausse annuelle des ventes de 10 % environ au cours des prochaines années.

Juliette Rodrigues