La Thaïlande, un centre de production mondial pour les « Eco-cars » ?

Grâce à une politique très volontariste du gouvernement, notamment par l’intermédiaire du Board of Investment (BOI), pour soutenir les investissements de production de voitures « Eco-cars » depuis 2007, la Thaïlande est en passe de réussir son pari : devenir un centre mondial de production pour les petites voitures à faible consommation.

Osamu Masuko, directeur général de Mitsubishi, a déclaré récemment, lors de sa visite en Thaïlande pour célébrer le 2 millionième véhicule produit par le constructeur dans le Royaume, vouloir investir 1 milliard de bahts (27 millions d’euros) pour accroître sa capacité de production locale à 510.000 unités par an d’ici la fin de l’année, contre 460.000 unités actuellement. L’expansion de Mitsubishi est en ligne avec l’objectif du constructeur d’exporter environ 3 millions de véhicules à partir de la Thaïlande au cours des trois à quatre prochaines années. Mitsubishi est l’un des six constructeurs (Honda, Mitsubishi, Nissan, Suzuki, Tata Motors et Toyota) dont les projets d’investissements ont été approuvés par le Board of Investment en octobre 2008. Au total, l’ensemble des projets relatifs à la production d’Eco-cars représente un investissement de plus de 38,3 milliards de bahts (soit 1 milliard d’euros).

Preuve que la Thaïlande ambitionne bien de devenir plus qu’un simple atelier d’assemblage pour les industriels japonais, Mitsubishi est également en train de transférer une partie de ses activités de recherche et développement depuis son siège japonais vers la Thaïlande pour servir les marchés de l’ANSEA (Association des nations du sud-est asiatique) et de l’AEC (Espace économique communautaire), qui entrera en vigueur en 2015. Le constructeur va notamment tripler le nombre de ses ingénieurs locaux, à environ 120, au cours des deux prochaines années. Mitsubishi considère la Thaïlande comme l’un des plus importants marchés et centres de production mondiaux dans le cadre de sa stratégie internationale. Il possède trois usines d’assemblage de véhicules et une usine de moteurs en Thaïlande. L’an passé, Mitsubishi a investi 16 milliards de bahts (425 millions d’euros) dans sa troisième unité d’assemblage pour produire des petites voitures sous son programme « Global Small », qui est également en phase avec le projet du gouvernement thaïlandais « Eco-car ».

Nissan avait ouvert la voie en 2010, avec un investissement de 5 milliards de bahts (105 millions d’euros) en Thaïlande, destiné à un projet « Eco-car ». Le projet portait sur la production de véhicules à essence de 1,3 l et diesel de 1,4 l, avec une production de 200 000 unités par an. L’ambition de Nissan était d’utiliser la Thaïlande comme base de production de véhicules respectueux de l’environnement pour l’exportation (Asie du Sud-Est, marchés mondiaux), mais aussi de devenir leader du segment « Eco-car » sur le marché thaïlandais.

Le projet gouvernemental « Eco-car » a été officiellement lancé le 15 juin 2007 et est assorti d’un paquet de mesures fiscales, comme l’exemption des droits de douane sur les machines et équipements, l’exonération de l’impôt sur les sociétés pendant huit ans, la réduction tarifaire sur les matières importées à 90 % pendant deux ans et la réduction des droits d’accises à 17 %. En contrepartie, les constructeurs doivent produire au moins 100 000 voitures par an à l’issue de la cinquième année d’exploitation. Les véhicules doivent par ailleurs obéir aux normes EURO 4 (consommation n’excédant pas 5 l/100km, émissions de CO2 inférieures à 120 g/km, respect des normes de sécurité UNECE 94 et 95).

Juliette Rodrigues