La Sécurité routière en Afrique : un enjeu de développement

"Avec 250 000 morts par an, l'Afrique subsaharienne détient le triste record du plus haut taux de mortalité sur les routes dans le monde. C'est près de 20 % du total mondial alors que l'Afrique ne représente que 2 % du parc automobile mondial", a déclaré Jean Todt, président de la Fédération internationale automobile (FIA) lors de l'inauguration de l'Automobile club du Gabon à Libreville, plaidant pour que la sécurité routière devienne "une priorité absolue".

L'ancien patron de Ferrari, dont l'épouse Michelle Yeoh est ambassadrice de la FIA pour la sécurité routière, a en outre indiqué : "Si rien n'est fait, les choses ne peuvent qu'empirer avec le décollage économique et l'augmentation du nombre de véhicules. Le nombre de morts sur les routes africaines a déjà augmenté de 40 % ces 15 dernières années. On estime qu'il pourrait augmenter de 80 % d'ici 2020". "C'est un enjeu de développement. 90 % des victimes des accidents de la route se trouvent dans les pays émergents ou en voie de développement alors que ces pays représentent moins de la moitié du parc automobile mondial", a-t-il complété.

Les accidents sont un véritable frein à la croissance des pays en développement en raison du poids qu'ils font peser sur les systèmes de santé, notamment. On estime que l'insécurité routière coûte 100 milliards de dollars aux pays en développement, c'est à dire l'équivalent de ce qu'ils reçoivent en aide au développement. "On ne peut plus continuer comme cela. Il faut donner à la sécurité routière la place qu'elle mérite sur l'agenda international, celle d'une priorité absolue", a estimé M. Todt.

La sécurité routière est en train de devenir un des plus grands défis auquel notre monde est confronté, indiquent par ailleurs les analystes. 1,3 million de morts dans le monde par an : la route tue déjà deux fois plus que la tuberculose, autant que le paludisme et à peine moins que le virus du sida. Si rien ne change on estime qu'elle tuera près de 2 millions de personnes par an, c'est à dire plus que toutes les grandes pandémies actuelles. "La mortalité des piétons est un problème majeur, surtout en Afrique, où ils représentent près de 40 % des morts. La plupart du temps, les accidents impliquant les piétons se produisent parce que les infrastructures routières ne sont pas conçues pour eux. Et les gens, surtout les enfants, finissent par risquer leur vie en traversant simplement la rue. Ce n'est pas acceptable", explique M. Todt.

Le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, a profité de l'inauguration de l'Automobile Club local pour lancer une vaste campagne contre l'insécurité routière dans son pays, qui compte 1,5 million d'habitants et où une personne meurt chaque jour dans un accident. Il a aussi lancé l'opération "100 passerelles", qui prévoit la construction de passerelles pour les piétons sur les routes gabonaises.

Juliette Rodrigues