La Kwid : pari gagnant de Renault en Inde

Avec la Kwid, Renault a visé juste et conquis les automobilistes indiens. Légère, sûre, bien équipée et proposée au prix de base de 3 600 euros, la Kwid a déjà reçu plus de 70 000 réservations depuis son lancement au mois de septembre. En dépit de son prix très abordable, elle n'est pas considérée comme une voiture "low cost" en Inde, mais comme une "familiale", avec des prestations et un style inédits, souligne l'Auto Journal.

Pour la concevoir, Renault a dérogé à la règle de sa gamme Entry, qui consiste à reprendre des éléments existants. "Nous avons essayé de transformer une plateforme de Logan, mais c’était à la fois trop gros, trop lourd et trop cher. Il a donc fallu imaginer un produit tout à fait nouveau, et la plateforme CMF-A a ainsi été créée pour répondre au cahier des charges", précise Gérard Detourbet, vice-président de l’Alliance en charge du projet Kwid. La Kwid bénéficie également d’un nouveau moteur et d’une nouvelle boîte de vitesses. Le tout sans faire exploser les coûts. "En additionnant le développement de la Kwid et du modèle Datsun à venir, du moteur, de la boîte, des pièces et de l’industrialisation, on atteint 30 milliards de roupies, soit environ 400 millions d’euros", ajoute M. Detourbet. C’est plus de deux fois moins que le coût de développement habituel d’une voiture, note l'Auto Journal.

De plus, le taux de localisation de la Kwid est très élevé. Une centaine de fournisseurs ont été retenus et seuls les injecteurs ou encore les capteurs sont importés. "Un tel taux de localisation, c’est du jamais vu, quels que soient la plateforme ou le marché", se félicite Carlos Ghosn, président de Renault. "Le segment A est le plus important en Inde, avec 42 % du marché total en 2014. Ce segment est dominé par Maruti Suzuki et par Hyundai", explique Jamel Taganza, du cabinet Inovev. Mais les ambitions de Renault demeurent réalistes : le constructeur vise 5 % du marché à terme, contre 1,5 % en 2014. "Il faut arriver avec un produit meilleur, un style valorisant et un tarif qui ne soit pas plus élevé que celui de la concurrence", résume Gérard Detourbet.

Le marché indien exige des produits dédiés et une stratégie adaptée, poursuit l'Auto Journal. Le pari de Renault repose sur cette équation, et pour Jamel Taganza, "Renault dispose déjà d’une marque connue en Inde alors que Datsun est une marque qui doit construire son image. En proposant une carrosserie SUV reprenant les codes stylistiques du Duster, Renault se différencie dans le segment A puisque les modèles proposés par les concurrents sont des berlines classiques".

Conçue, développée, produite et vendue en Inde, la Kwid est promise à une belle carrière internationale. Carlos Ghosn, président de Renault et de Nissan, rappelle que "c’est vraiment une voiture globale. Son développement a fait appel à des ressources de l’Alliance en France, au Japon, en Corée et en Inde". "L’Inde sera la zone test pour cette plateforme. Nous allons voir comment la voiture se vend. Puis nous lancerons la Kwid sur d’autres marchés émergents", ajoute M. Ghosn. "La Kwid est destinée aux marchés émergents, mais cette voiture est capable d’aller partout", estime de con coté Gérard Detourbet.

Pays gigantesque et surpeuplé, l’Inde est un marché automobile timide : 2,5 millions de voitures neuves vendues en 2014, contre 1,8 million en France. Le taux de possession est en outre très faible : 20 véhicules pour 1 000 habitants, contre près de 30 fois plus en France. Le potentiel semble donc énorme pour l’industrie automobile, surtout pour le segment A, qui séduit les nombreux ménages modestes.

Juliette Rodrigues