La GPEC, outil de prévision des besoins de main d'oeuvre et de formation

Pour négocier son plan de compétitivité et gagner en flexibilité, sans procéder à un plan social, Renault s'est largement appuyé sur un dispositif baptisé GPEC, pour gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. La GPEC est une gestion anticipative et préventive des ressources humaines, fonction des contraintes de l’environnement et des choix stratégiques de l’entreprise. C'est aussi une obligation de négociation triennale qui doit permettre d'éviter les restructurations brutales. L’objectif du dispositif est de « mieux anticiper les effets sur l'emploi des mutations économiques, technologiques, sociales et démographiques », indique le ministère du Travail.

La GPEC permet une meilleure anticipation de l’adaptation des compétences aux emplois, un meilleur calibrage des postes et des niveaux de rémunération adaptés, une meilleure maîtrise des conséquences des changements technologiques et économiques, une meilleure synthèse entre facteurs de compétitivité, organisation qualifiante et développement des compétences des salariés, une meilleure gestion des carrières, une réduction des risques liés aux déséquilibres, et de meilleures sélections et programmations des actions d’ajustement nécessaire.

Après un plan de départ volontaires en 2009, Renault a opté en 2011 pour la GPEC, qui lui a permis de mettre en ?uvre un véritable arsenal pour décupler la flexibilité et la mobilité au sein du groupe : prêt de main d'oeuvre à une entreprise extérieure, prime au départ en cas de démission pour un emploi à l'extérieur, reconversion professionnelle, congés sabbatiques, congés de création d'entreprise, etc. La direction a par ailleurs instauré une dispense d'activité permettant aux plus de 58 ans un départ anticipé à la retraite au titre de la pénibilité en usine (3 000 salariés éligibles sur trois ans).

Trois ans plus tard, pour pallier un marché européen exsangue, Renault veut encore gagner en compétitivité, et s'appuie à nouveau sur la GPEC : elle sera prolongée jusqu'en 2016, et certaines de ses mesures seront renforcées. Cette fois-ci, 8 260 suppressions de postes sont prévues.

« La GPEC n'est pas un médicament contre les restructurations, mais elle permet quand on est exposé à des aléas et à une forte situation concurrentielle, que les salariés ne soient pas victimes de ce qui se passe », explique Patrick Gilbert, professeur à l'IAE de Paris. Elle consiste, « avec l'idée d'un partage de responsabilités entre les employeurs et salariés sur le devenir des emplois », à « mettre à la disposition du salariés des armes (bilan de compétences, formation, mobilité) », résume ce professeur coordinateur d'un rapport sur la GPEC.

Alexandra Frutos