L'introduction de Fiat Chrysler en Bourse ouvre la voie à une nouvelle expansion du groupe

Quatre mois après avoir transféré son siège social aux Pays-Bas, Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a fait, le 13 octobre, ses premiers pas à Wall Street. Une consécration pour l'administrateur délégué Sergio Marchionne, stratège de ce rapprochement lancé il y a cinq ans. En Italie, notamment, cette alliance est vécue par certains comme "un abandon et une preuve d'ingratitude", en dépit d'assurances répétées que "les activités italiennes de Fiat et son engagement envers l'Italie demeurent inchangés".

L'objectif à moyen terme du groupe est d'élargir la base de l’actionnariat aux investisseurs américains. En confirmant sa volonté de rester à la tête de FCA jusqu’en 2018, Sergio Marchionne a clairement évoqué la possibilité d’une nouvelle alliance en vue de participer à l’émergence d’un constructeur encore plus gros que l’actuel numéro un mondial, Toyota. "L’industrie en a besoin. C’est encore un secteur très fragmenté par rapport aux besoins d’investissement en capital", a expliqué M. Marchionne.

Après les rumeurs sur une alliance globale avec Volkswagen ou PSA, les spéculations se concentrent aujourd’hui sur un rapprochement avec un constructeur japonais, tel que Suzuki, Mazda ou Mitsubishi, sans exclure une coopération avec Toyota ou Honda. "?Ne pas avoir de présence en Asie reste un handicap majeur pour FCA", estime Giuseppe Berta, professeur à l’université Bocconi. Le groupe a d’ailleurs récemment annoncé une alliance ciblée avec Mitsubishi dans les véhicules commerciaux.

M. Marchionne espère ne pas avoir besoin de recourir à une augmentation de capital et tente, à cet effet, de convaincre les investisseurs américains pour dégager ainsi de nouvelles ressources. Nombre d'analystes estiment cependant que cela sera difficile, en particulier dans la perspective de l'ambitieux plan de relance d'Alfa Romeo et des autres marques haut de gamme. Une décision est attendue lors du prochain conseil d'administration le 29 octobre, au cours duquel les comptes trimestriels du groupe devraient être validés.

L'objectif de FCA est d'atteindre 7 millions de voitures vendues par an d'ici à cinq ans, contre 4,4 millions l'an dernier, objectif jugé très optimiste par la plupart des d’analystes. En Italie, où sa production s’est effondrée au cours des quatorze dernières années, passant de 1,4 million à 400 000 unités, FCA mise sur la relance d’Alfa Romeo et de Maserati, ainsi que sur le lancement de la Jeep Renegade pour maintenir son niveau d’activité. "?Le Sprint de Maserati, qui a atteint 40 000 ventes en un an, est un bon signal’", assure Maserati. Mais le maintien de l’emploi dépendra en grande partie du plan de relance d’Alfa Romeo (400 000 ventes prévues en 2018) et du succès de la "?Nuova Giulia", qui sera mise en production au dernier trimestre de 2015.

Juliette Rodrigues