L'industrie du Bélarus laminée par la crise en Russie

Symbole de l'économie du Bélarus, l'usine MAZ de Minsk, l'une des plus importantes du pays, a mis à l'arrêt ses lignes de production de camions et autocars et demandé à ses 20 000 ouvriers de rester chez eux, indique l'AFP. Le Belarus a toujours été dépendant des hauts, et aujourd'hui des bas, de la Russie. La dramatique crise monétaire qui a frappé la Russie fin 2014 à la suite du conflit ukrainien et de la chute des cours du pétrole, a ébranlé l'ensemble de l'ex-espace soviétique. Mais le Bélarus est sans doute le plus exposé aux difficultés de son voisin.

Partenaire du Kazakhstan et de la Russie au sein de la zone de libre échange dont Vladimir Poutine veut faire une vaste alliance économique, le Bélarus a été contraint dès le mois de décembre de restreindre les achats de devises puis de dévaluer le rouble bélarusse, face au mouvement de panique des épargnants. Aujourd'hui, c'est toute l'industrie, en grande partie contrôlée par l'Etat et dominée par les mines de potasse et la construction de poids-lourds et tracteurs, qui voit son activité souffrir alors que le marché automobile russe s'effondre.

Pour MAZ, l'une des principales entreprises du pays, la Russie constitue le premier marché et les ventes de ses 500 modèles y ont chuté de 22 % l'an dernier et de 40 % en janvier-février. Un porte-parole le reconnaît, "l'entreprise rencontre des difficultés" pour écouler ses produits. La direction a donc décidé de suspendre sa production fin mars. L'entreprise est loin d'être la seule à souffrir. Au total, la production industrielle du Bélarus a chuté de 6 % en janvier-février.

"La conjoncture a changé : le secteur doit maintenant réduire nettement ses cadences de production", résume le président de l'Association bélarusse scientifique et industrielle, Alexandre Chvets. Dans une lettre ouverte au gouvernement, le leader syndical Alexandre Iarochouk s'est montré particulièrement alarmiste. "Le nombre de licenciements se compte déjà en milliers", a-t-il prévenu, appelant à des mesures fortes de l'Etat pour soutenir l'industrie sans attendre une reprise économique en Russie. Le président Alexandre Loukachenko a demandé au gouvernement et à la banque centrale de "tout faire pour équilibrer la situation macroéconomique et financière".

Mais pour certains experts, c'est justement la politique dirigiste du pouvoir bélarusse qui est en cause. "Le modèle bélarusse est imperméable au progrès. Le mauvais climat des affaires empêche d'attirer des investissements", a jugé l'économiste Léonid Zlotnikov dans un entretien récent au journal indépendant "le Bélarus et le marché". "Les raisons des difficultés de l'industrie du Bélarus sont les mêmes que pour l'économie de l'URSS avant son effondrement : elle était inefficace", a-t-il ajouté, n'attendant "aucune amélioration".

Le Fonds monétaire international, qui prévoit une chute de plus de 2 % du PIB du Bélarus cette année après une croissance de 1,6 % l'an dernier, a réitéré mi-mars son appel à "une réorientation vers une économie de marché". "Le modèle économique du Bélarus continue de le rendre très vulnérable aux chocs économiques", a estimé David Hofman du FMI.

Juliette Rodrigues