L'industrie automobile espagnole tourne à plein régime

Le secteur automobile espagnol, entre les mains d'une dizaine de constructeurs étrangers, apporte une dose d'optimisme en Europe. Alors que le pays sort tout juste de la récession, que le taux de chômage frise toujours les 26 %, ce secteur enchaîne les bonnes nouvelles.

Une partie de la production de l'Opel Mokka produite en Corée du Sud sera réalisée en Espagne, tout comme le C3 Picasso. En outre, Nissan vient de mettre en place une équipe de nuit à Barcelone pour augmenter la production d'une fourgonnette commercialisée par Renault. A la clé, plus de 300 personnes recrutées pour plusieurs mois. Forte de ces nouvelles fabrications, l'Espagne est devenue le deuxième pays producteur d'automobiles en Europe, avec 2 millions d'unités assemblées, derrière l'Allemagne. Elle devrait terminer l'année 2013 sur une production de 2,2 millions d'unités et vise pour 2016 les 3 millions de véhicules.

"Tous ces fruits récoltés correspondent à une stratégie lancée il y a déjà plusieurs années", souligne David Barrientos, responsable de la communication de l'ANFAC (Association des constructeurs en Espagne). "Les accords d'entreprise sont les meilleurs d'Europe. Ils nous ont permis d'être plus flexibles. La culture de la négociation reste très implantée", explique-t-il. De fait, le secteur automobile espagnol offre aujourd'hui des coûts de travail largement inférieurs à ceux d'autres pays : 25,51 euros de l'heure en Espagne en 2011, contre 44,73 euros en France. Certains constructeurs ont par exemple confié la fabrication de modèles à l'Espagne avec une différence de 400 euros de coût total par véhicule.

Le gouvernement espagnol a bien compris le rôle que son industrie automobile peut jouer dans la sortie de crise du pays. En ces temps de restriction budgétaire, il a décidé de prolonger pour la quatrième fois sa prime à la casse en débloquant 70 millions d'euros supplémentaires. Très rentable, cette prime lancée en pleine crise en octobre 2012, a déjà rapporté aux caisses de l'Etat plus de 500 millions d'euros, entre TVA et impôts, pour un investissement de 330 millions.

Encourager la consommation interne est l'un des objectifs du gouvernement et du secteur, car le marché automobile espagnol est atone. Les primes à la casse successives semblent pourtant donner un certain élan aux achats de véhicules ; le marché affiche depuis quelques mois une tendance positive, même si, en termes de volumes, les niveaux restent anormalement bas.

L'ANFAC sait qu'il reste du chemin à parcourir, à commencer par la logistique. "Nous devons renforcer le trafic ferroviaire et améliorer nos coûts énergétiques", indique l'Association, qui se félicite néanmoins des avancées réalisées jusqu'ici. "Le secteur automobile est créateur d'emplois. Nous avons créé 2 400 nouveaux postes sur le seul premier semestre de 2013, dont 90 % de CDI, et nous visons près de 3 000 créations d'emplois d'ici à 2015", rappelle l'ANFAC.

Juliette Rodrigues