L'enjeu économique de l'allègement des véhicules

Pour faire face à des réglementations européennes de plus en plus contraignantes en matière d’émissions de CO2, les constructeurs jouent sur tous les tableaux. Outre le développement de moteurs de plus en plus performants, ils tablent sur un allègement sensible de leurs nouveaux modèles, car chaque kilogramme de gagné permet de diminuer les rejets polluants. Il s’agit d’un enjeu économique majeur dans la mesure où les fabricants qui n’atteindront pas les objectifs fixés par la Commission européenne ? à savoir des émissions moyennes de CO2 de 95 g/km à l’horizon 2020 ? seront soumis à des amendes dissuasives.

Le Salon de l’Automobile de Francfort a été l’occasion pour de nombreux constructeurs de présenter des modèles plus légers que la génération précédente. A titre d’exemple, la plateforme modulaire EMP2 mise au point par PSA Peugeot Citroën pèse 70 kg de moins que le soubassement précédent, ce qui a largement contribué à réduire de 140 kg le poids des nouveaux Citroën C4 Picasso et Peugeot 308. De même, la Clio IV s’est allégée de 100 kg par rapport à la troisième génération du modèle. Les constructeurs allemands ont eux aussi décidé de se « mettre au régime », comme en témoigne le dernier BMW X5, qui a perdu 90 kg comparé à son prédécesseur.

Le poids est l’un des facteurs principaux déterminant la consommation d’énergie d’un véhicule : plus il est lourd, plus il faut utiliser de puissance pour le faire accélérer, maintenir sa vitesse et même pour l’arrêter. Or, pour réduire d’un gramme de CO2 les émissions, il faut réduire le poids d’un véhicule thermique de 10 kg à 12 kg. De fait, chaque gramme compte maintenant pour les constructeurs dans la conception de leurs nouveaux modèles, et toutes les innovations sont les bienvenues pour les aider à atteindre leur objectif. Toutefois, si les constructeurs de haut de gamme peuvent se permettre de recourir à des technologies très onéreuses (utilisation de fibre de carbone et d’aluminium, voire de magnésium pour certaines pièces) qu’ils répercutent sur le prix de vente, les généralistes doivent ruser et jongler avec les matériaux afin de trouver un équilibre entre le poids gagné et le coût le plus juste. Outre la caisse et la carrosserie, qui représentent la moitié du poids d’un véhicule, tous les éléments sont mis à la diète. Des sièges, plus incurvés pour réduire leur masse, aux éléments de décoration intérieure en passant par les dispositifs d’insonorisation, les panneaux de portes, les vitres, le moteur, l’alternateur, les batteries, les suspensions ou les freins, tout est passé à la loupe. Les équipementiers sont d’ailleurs mis à contribution dans cette chasse aux kilos. Saint-Gobain Sekurit a ainsi récemment dévoilé une nouvelle vitre avant de 4 mm d’épaisseur, au lieu de 5 mm ; cette minuscule différence permettra de gagner jusqu’à 1,3 kg par voiture. Bosch a quant à lui misé sur le downsizing pour réduire le poids des moteurs sans en altérer la puissance. Rien n’est laissé au hasard : Faurecia réalise même un « mapping » sonore de l’habitacle des véhicules pour traquer les éléments de mousse d’insonorisation superfétatoires.

Alexandra Frutos