L'effondrement du rouble pousse l'économie russe au bord du chaos

Le rouble a perdu la moitié de sa valeur depuis le début de 2014, conséquence d'une année d'isolement croissant de la Russie pour cause de crise ukrainienne et de la dégringolade des prix du pétrole, principale source de revenus de l'Etat, indiquent Les Echos. La population, déjà touchée de plein fouet par la flambée des prix, est désormais promise à une dure récession. La banque centrale russe a hissé son taux directeur de 10,5 % à 17 %, soit une hausse spectaculaire de plus de six points de pourcentage. Le taux directeur vaut actuellement le triple de son niveau en début d’année (5,5 %). "La décision a pour but de limiter les risques liés à la dépréciation du rouble et à l’inflation, qui ont considérablement augmenté récemment", a expliqué le régulateur dans son communiqué. Mais la mesure surprise de la Banque de Russie n’y a rien fait, la monnaie a replongé, entraînant la Bourse avec elle. Le rouble a creusé ses pertes, s’approchant dangereusement des seuils historiques de 100 roubles pour un euro et 80 roubles pour un dollar.

L’institution est à cours de moyens pour enrayer la dégringolade de sa monnaie, intervenant quasi quotidiennement depuis le début du mois pour défendre la devise. Elle a déjà dépensé plus de 80 milliards de dollars à cet effet. La banque centrale a en outre dressé un tableau cauchemardesque de l’année à venir pour la Russie, avertissant que l’économie russe devrait entrer en récession dès 2015.

La crise monétaire qui secoue la Russie suscite une inquiétude grandissante chez les entreprises étrangères, et notamment françaises, implantées dans le pays, souligne Le Monde. Si aucune n’a encore pris de mesures aussi extrêmes qu’Apple, qui a suspendu ses ventes en ligne évoquant les "fluctuations extrêmes" du rouble pour justifier sa décision, les 400 entreprises françaises et leurs filiales implantées sur le marché russe s’inquiètent. Renault, notamment, a vendu 175 000 véhicules sur le marché russe depuis le début de l’année, en baisse de 8 %, soit mieux que le marché global (- 11,6 %). La Russie est son troisième marché après la France et le Brésil. Avec Avtovaz, qu’il a acquis avec Nissan, Renault est devenu le premier groupe automobile local, le rendant à la fois fort sur le marché, et vulnérable à la santé économique du pays. PSA Peugeot Citroën, quant à lui, a ouvert avec Mitsubishi une usine à Kaluga en 2010, dont il détient 70 % du capital. Pour se couvrir des effets de change, PSA a largement réduit la voilure à la fois de la production locale et des importations.

De son coté, Seat a annoncé qu'il quitterait le marché russe le 1er janvier 2015, malgré la création d’une filiale en 2012. Les ventes du constructeur n’ont jamais réellement décollé. Elles sont passées de 3 500 unités seulement la première année, à 1 324 unités cette année (chiffres sur onze mois), soit une chute de 57 % par rapport à 2013. L’échec de Seat sur le marché russe procède notamment de son portefeuille produits et de la non production locale de ses véhicules, qui pâtissent ainsi de taxes d’importation souvent rédhibitoires. Quant à General Motors, il a suspendu ses livraisons aux concessionnaires le 16 décembre, pour une durée non précisée, "dans un objectif de gestion des risques". Il a indiqué que les voitures des marques Chevrolet, Opel et Cadillac déjà commandées seraient livrées au prix prévu. Audi a pour sa part suspendu ses ventes le 16 décembre et les reprendra lorsqu’il aura établi une nouvelle liste de prix dans un avenir proche, a indiqué un porte-parole du constructeur en Russie.

Nissan a décidé de doubler sa production en Russie pour contrer la dévaluation du rouble, qui met à mal ses bénéfices. Le constructeur a commencé récemment à fabriquer le X-Trail dans son usine de Saint-Pétersbourg, et il ajoutera l’an prochain le Qashqai, dans le cadre d’un investissement de 167 millions d’euros qui a permis de doubler la capacité annuelle du site, à 100 000 unités.

Le marché automobile russe, en chute libre ces derniers mois en raison de la crise ukrainienne, s’est toutefois "quasiment stabilisé" en novembre. Les industriels parlent même de "redressement extraordinaire". Deux phénomènes ont soutenu le marché, selon l’AEB (Association des entreprises européennes) : le programme de prime à la casse lancé en septembre par le gouvernement et l’effondrement du rouble, qui a poussé les acheteurs à anticiper leurs achats de crainte de hausses de prix massives à venir. Après avoir atteint des niveaux record, le marché russe, deuxième en Europe après l’Allemagne, a commencé à se replier au printemps 2013 mais le mouvement a tourné à la déroute avec la crise ukrainienne et l’adoption de sanctions occidentales contre Moscou.

Juliette Rodrigues