L'automobile, moteur de la sortie de crise de l'Espagne ?

L'Espagne vient d'annoncer la prolongation de la prime à la casse, lancée en octobre 2012, pour la quatrième fois, avec 70 millions d'euros supplémentaires. "En Espagne, le nombre de voitures immatriculées est à un niveau anormal, en raison d'une consommation en berne", a indiqué le ministre du Budget Cristobal Montoro, lors d'un forum organisé à Madrid. Cette année, le marché devrait s'établir à 700 000 unités, bien loin des 1,7 million de 2007.

Toutefois et malgré la morosité du marché intérieur, les usines affichent, quant à elles, une santé retrouvée. Le secteur, qui emploie quelque 250 000 personnes, a créé "plus de 2 400 postes au premier semestre", selon Mario Armero, vice-président de l'ANFAC (Association des constructeurs en Espagne), une bonne nouvelle face au taux de chômage de 26,3 %. En outre, "un euro sur quatre du PIB industriel national correspond à la fabrication de véhicules", ajoute M. Armero. Même si le pays ne compte qu'un grand constructeur national, Seat qui appartient à Volkswagen, il est le deuxième producteur en Europe, devant la France grâce aux 17 usines de 9 fabricants qu'il héberge. Pour 2014, l'ANFAC table sur un bond de 9 % de la production de véhicules, à 2,4 millions d'unités. Le secteur, qui représente 10 % du PIB, "va dépasser" son objectif des 3 millions en 2016, assure Mario Armero. Ce dynamisme vient de l'extérieur : neuf véhicules sur dix fabriqués en Espagne sont vendus hors des frontières.

"L'Espagne s'est récemment vue attribuer plusieurs modèles, comme l'Opel Mokka qui était auparavant produit en Corée du Sud et le C3 Picasso", deux véhicules confiés à l'usine Opel de Figueruelas, explique David Barrientos, directeur de communication de l'ANFAC. De même, le groupe Volkswagen a fait confiance à sa filiale espagnole pour la production du petit SUV Audi Q3. Ce modèle est en effet produit dans l'usine Seat de Martorell.

L'Espagne a livré des véhicules à 130 pays en 2012, avec comme premiers marchés la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. "En 2011, on fabriquait 34 modèles en Espagne, aujourd'hui presque 40 et dans deux ans ce sera 45", se réjouit Mario Armero. "L'industrie automobile mise sur l'Espagne et grâce à ce pari, nous sommes certains que nous jouerons un rôle important dans la sortie de la crise", souligne M. Armero. Une opinion partagée par le ministre du Budget : "l'Espagne est en train de sortir de la crise économique, et elle le fait par le seul chemin possible, son commerce extérieur". Ne pouvant plus compter sur la construction, secteur sinistré depuis l'éclatement de la bulle en 2008, elle s'appuie sur quatre domaines d'exportation : l'équipement, l'agroalimentaire, le tourisme et l'automobile.

"Qui aurait pu dire il y a quinze ans que le secteur automobile allait être un secteur moteur dans la sortie de la crise?", a rappelé Cristobal Montoro. Face à la concurrence de l'Asie et de l'Europe de l'Est, "on se disait qu'il n'y avait rien à faire". "La recette ? des accords de travail qui sont les meilleurs en Europe", selon le ministre. "L'Espagne va-t-elle devenir la Chine de l'Europe ?", se demandait récemment dans une note l'analyste Patrick Artus, de Natixis. Avec sa meilleure compétitivité, ses salaires plus faibles et un moindre effort en recherche et développement, "il est raisonnable de penser que l'Espagne va devenir le centre essentiel de production de produits industriels milieu de gamme de l'Europe". "La production d'automobiles se redresse en 2013, ce qui est un bon indicateur avancé de ce mouvement", ajoutait-il.

Juliette Rodrigues