L'accroissement des capacités de production en Amérique du Nord ne suscite pas d'inquiétudes (2/2)

Plusieurs facteurs rassurent toutefois les analystes.En premier lieu, les constructeurs ont gagné en efficacité. Ils fabriquent aujourd’hui davantage de véhicules en Amérique du Nord avec moins d’usines. Ford, General Motors et FCA ont dix-neuf usines de moins qu’en 2004. Les constructeurs étrangers ont construit huit usines depuis dix ans, mais les capacités de l’industrie sont plus en ligne avec la demande. Elles sont en outre insuffisantes dans des segments qui ont le vent en poupe, comme les tout-terrain et les tout-chemin de loisir.Les constructeurs ont aussi gagné en flexibilité. Pour répondre à la reprise de la demande au cours des cinq dernières années, ils ont augmenté leur production essentiellement en introduisant une troisième équipe dans leurs usines. De nombreuses usines d’assemblage fonctionnent ainsi à 100 % voire au-delà de leur « pleine capacité » - qui s’entend sur la base de deux équipes de huit heures par jour. Joe Langley, spécialiste de la production chez IHS, estime que 60 % des véhicules produits actuellement en Amérique du Nord sont fabriqués dans des usines qui tournent avec trois équipes. Si la demande baisse, les constructeurs peuvent supprimer une équipe et réduire leur capacité sans se retrouver en difficulté. Les usines modernes peuvent en outre produire différents modèles et ainsi adapter leur production rapidement à la demande.Par ailleurs, une partie des nouvelles capacités prévues par les constructeurs étrangers sera dévolue à la production de véhicules qui sont déjà commercialisés en Amérique du Nord mais fabriqués dans d’autres régions du monde. Selon M. Langley, ces transferts de production représenteront près de la moitié (1,9 million d’unités) des 4 millions de véhicules supplémentaires que les constructeurs fabriqueront en Amérique du Nord à l’horizon 2022.Enfin, les usines nord-américaines exportent aussi une part croissante de leur production. Il y a dix ans, elles n’exportaient qu’un petit nombre de véhicules en dehors de l’Amérique du Nord, mais produire aux Etats-Unis est beaucoup plus compétitif. Aujourd’hui, quasiment tous les constructeurs exportent depuis l’Amérique du Nord au Moyen-Orient, en Russie, en Chine et dans d’autres marchés.

Frédérique Payneau