L'Indonésie, nouvel atelier du monde (2/2)

Pour l’instant, ce sont encore les Singapouriens, les Coréens et les Japonais qui investissent le plus, mais les pays européens, Royaume-Uni en tête, se font de plus en plus présents. "Les investissements étrangers, qui étaient auparavant surtout tournés vers les mines et les plantations de palmiers à huile, concernent de plus en plus les travaux manufacturés, l’industrie pharmaceutique et pétrochimique", souligne Chatib Basri, directeur de l’agence indonésienne d’investissement.

L’Oréal vient ainsi d’ouvrir sa plus grande usine du monde, dans le bassin industriel de Jababeka (où sont déjà installés Mattel, Samsung ou Bata). Ce site ultramoderne de 66 000 m2 emploiera 450 personnes à terme. Les produits sortis de cette nouvelle usine inonderont le marché indonésien, mais aussi le reste de l’Asie du Sud-Est, auquel se destinent 70 % de la production. Danone possède déjà 16 usines d’eau minérale dans le pays et compte en ouvrir sept autres. La semaine dernière, Michelin a annoncé la création, avec un partenaire local, d’une usine de caoutchouc synthétique. L’investissement est évalué autour de 330 millions d’euros. Le coût de la main-d’?uvre est attractif? : il est en moyenne deux fois moins élevé qu’en Chine. Le géant taïwanais Foxconn, spécialisé dans la fabrication de produits électroniques et qui produit notamment pour Apple, a ainsi décidé de s’implanter dans l’archipel pour produire 3 millions de téléphones mobiles par an, surtout destinés au marché indonésien. La firme a promis d’investir 8 milliards d’euros en dix ans dans le pays.

L’archipel est ainsi en train de devenir le nouvel atelier du monde. De plus en plus d’entreprises délaissent la Chine au profit de l’Indonésie, notamment parmi les industries coréennes, se réjouit Chatib Basri. "Nous produisons pour l’instant pour le marché indonésien qui est déjà gigantesque, mais notre objectif dans les cinq prochaines années est de fabriquer à Djakarta les voitures que nous vendrons ensuite en Angleterre mais aussi en Chine", sourit le patron de Geely Indonésie.

La prudence est néanmoins de mise? : contrairement à la Chine qui produit beaucoup pour l’exportation, l’Indonésie a basé son développement économique sur sa demande intérieure. Or, les 248 millions d’habitants consomment beaucoup à crédit. "Les banques indonésiennes ont réussi à convaincre les Indonésiens qu’ils pouvaient acheter des choses dont ils n’avaient pas besoin avec de l’argent qu’ils n’avaient pas", analyse l’économiste Michael Buehler. Le nombre de cartes de crédit en circulation augmenté ainsi de 7 à 8 % tous les ans. À tel point que la Banque d’Indonésie a dû limiter le nombre de cartes par personne et interdire les prêts aux personnes gagnant moins de 250 ? par mois.

Juliette Rodrigues