L'Indonésie, nouvel atelier du monde (1/2)

Dans la banlieue nord de Djakarta, l’usine est immense, d’une modernité étonnante. Des centaines d’ouvriers à la chaîne assemblent les pièces détachées de la dernière voiture de la marque chinoise Geely. Le constructeur a investi le marché indonésien il y a un an et s’en frotte déjà les mains. Le patron de Geely Indonésie, Nathan Sue, tout juste débarqué de Pékin ne parle pas la langue locale, mais il connaît déjà très bien les potentiels de l’archipel’: "C’est l’un des marchés les plus prometteurs pour l’industrie automobile", assène-t-il. "Aujourd’hui, les Indonésiens roulent à scooter, mais leur niveau de vie augmente très vite. Dès qu’ils en ont les moyens ils troquent la moto contre la voiture", précise-t-il.

En 2012, le marché automobile indonésien a bondi de 25 % pour atteindre 1,1 million de voitures, devenant ainsi le premier de la région, devant la Thaïlande. Toyota domine le marché et son ascension va continuer?: le constructeur japonais va investir 1 milliard d’euros dans les cinq ans à venir pour augmenter sa production locale. Son monospace Avenza est d’ailleurs le symbole de la classe moyenne indonésienne. Ses concurrents ne sont pas en reste?: Suzuki construit une usine de moteurs, Nissan veut doubler sa production et Renault réfléchit à une implantation industrielle.

Le segment de marché que cherchent à séduire toutes les entreprises en Indonésie, c’est cette classe moyenne qui consomme de plus en plus. D’après une étude du cabinet McKinsey, le nombre d’Indonésiens gagnant plus de 3 600 dollars par an va exploser, passant de 45 millions en 2010 à 170 millions en 2030. "Ils sont curieux, aiment découvrir, aiment acheter", analyse Phillia Wibowo, consultant chez McKinsey. Ces ménages, qui sont sortis de la pauvreté, se pressent dans les innombrables centres commerciaux de la capitale pour acheter aussi bien des voitures que des réfrigérateurs et des téléviseurs à écran plat. Avides de nouvelles technologies (l’Indonésie est le deuxième pays consommateur de téléphones Blackberry) et de nouveautés en général, ces nouveaux consommateurs attirent les investisseurs étrangers qui reviennent après avoir délaissé le pays au lendemain de la crise asiatique en 1997-1998.

L’Indonésie affiche une santé insolente?: un PIB en progression de 6,23 % en 2012, alors même que la zone Asie Pacifique subit le contrecoup du ralentissement mondial. Si le pays résiste mieux, c’est dû en grande partie à cette forte demande intérieure. Il bénéficie de la plus forte croissance du G20 après la Chine. Une croissance stable et supérieure à 6 % pour la sixième année consécutive (sauf sur l’année 2009).
À ce rythme-là, en 2030, le PIB de l’archipel aura surpassé celui de l’Allemagne, pour devenir la septième puissance mondiale, annonce même le cabinet McKinsey. Contrairement à l’Europe, l’Indonésie a su réduire sa dette publique, passée de 82 % du PIB en 2002 à moins de 24 % aujourd’hui. Tous les signaux sont au vert pour les investisseurs étrangers, qui ont injecté 19 milliards d’euros dans le pays en 2012, 25 % de plus qu’en 2011. L’objectif des autorités est d’atteindre 25 milliards d’euros cette année. Le premier secteur d’activité bénéficiant des investissements étrangers est la mine, devant l’automobile et les transports/télécommunications.

Juliette Rodrigues