L'Espagne s'impose comme pôle de production européen de véhicules électriques

Si encore peu de voitures électriques circulent dans les rues espagnoles, il n'en va pas de même dans les usines automobiles locales. Les sites espagnols produisent actuellement cinq modèles différents de véhicules électriques, "ce qui n'existe dans aucun autre pays au monde?, indique Mario Armero, vice-président exécutif de l'ANFAC (Association des constructeurs en Espagne).

Concrètement, l'Espagne produit le Peugeot Partner électrique et le Citroën Berlingo électrique (à Vigo), le Mercedes Vito électrique (à Vitoria), le Renault Twizy (à Valladolid) et le Nissan eNV 200 (à Barcelone). En revanche, en termes d'immatriculations de véhicules électriques, l'Espagne se situe très loin dans le classement mondial par pays. En tête de liste figurent les Etats-Unis (avec 45 144 unités immatriculées en 2013) et le Japon (16 816 unités). Suivent ensuite une série de pays tels que la France, la Norvège, l'Allemagne, la Chine, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Canada, la Suisse, l'Italie et, enfin, l'Espagne (854 unités).

Toutefois, l'an passé, ce segment du marché a fortement progressé en Espagne (+ 59,1%), même si les volumes restent bas (1 405 unités immatriculées). Et pour 2015, la tendance semble se poursuivre, puisque les ventes ont fait un bond de 102,3 % sur les quatre premiers mois de l’année, selon les chiffres de l’ANFAC. Les ventes du Renault Twizy, notamment, ont augmenté de 28,5 % sur quatre mois, à 36 unités.

Les Plans MOVELE (aides à l’achat de véhicules électriques) de 2014 (enveloppe de 10 millions d'euros) et 2015 (7 millions initialement prévus, pouvant être portés à 10 millions en fonction des besoins), ont largement contribué à cette croissance. "C'est un segment qui a besoin de subventions, faute de quoi il chute. Les gouvernements doivent lever toute ambiguïté sur les aides qui sont accordées", avait indiqué en début d'année Luis Valerio, directeur du Véhicule Electrique de Renault en Espagne.

C'est un moment décisif pour l'industrie mondiale. Les statistiques indiquent que les ventes de véhicules électriques ont quasiment doublé chaque année dans l'Union européenne depuis leur introduction en 2010. L’institut Pike Research prévoit qu'elles représenteront 5,7 % des ventes totales en Europe en 2020, contre 0,7 % en 2012. "En 2020, le marché de la voiture électrique en Europe pourrait ainsi représenter 827 000 véhicules vendus par an. Les ventes de voitures électriques connaitront une croissance durable et soutenue, face à une baisse des ventes des véhicules à moteur thermique", précise Pike Research. L’Europe serait la zone économique la plus propice aux véhicules électriques.

L’institut explique également que la croissance du marché des voitures électriques pourrait se développer plus encore. Pour cela, il faudrait des aides plus soutenues de la part des gouvernements et pouvoirs publics. D’autres facteurs sont mis en avant : les évolutions technologiques pour améliorer les performances du VE (autonomie), la baisse des prix liée à des volumes de production plus élevés, le développement de l’infrastructure de charge des véhicules électriques.

La voiture électrique pourrait donc sortir du marché de niche pour représenter un part substantielle des ventes de voitures individuelles. "Et si l'offre poursuit sa croissance, les constructeurs devront trouver des sites de production. Et c'est là que l'Espagne doit jouer toutes ses atouts pour attirer de nouveaux projets", conclut l'ANFAC. Comme par exemple celui annoncé par Tesla : le constructeur a fait savoir qu'il ouvrirait une usine de production de véhicules en Europe "lorsque les ventes dans la région de véhicules électriques atteindraient 160 000 unités par an".

Juliette Rodrigues