L'ASEAN, prochain relais de croissance de l'automobile (2/2)

L’Indonésie ambitionne de prendre le relais de son voisin, note l'USINE NOUVELLE. Cette année, son marché devrait dépasser celui de la Thaïlande. Les constructeurs européens s’y aventurent, comme Renault dont la concession s’est installée au nord de la capitale. "Le marché indonésien est en plein boom et nous sommes juste à côté de nos clients", indique Quincy Govin, directeur du Planning produit et de la Stratégie pour la région Asie-Pacifique de Renault. Nissan et Volkswagen sont aussi installés dans ce quartier de Jakarta. "Le hub automobile de la région est aujourd’hui la Thaïlande, mais un hub n’existe que par les constructeurs. L’idée du gouvernement indonésien est de booster la compétition entre les pays pour attirer les constructeurs automobiles ici plutôt qu’en Thaïlande", analyse Quincy Govin, cité par l'USINE NOUVELLE.

Les droits de douane sont déjà supprimés pour les échanges du secteur automobile entre les membres de l’Asean, un avantage qui devrait être encore renforcé en 2015 par la mise en place d’une vraie zone de libre-échange. L’arrivée de Renault en Indonésie a donné des idées à d’autres industriels. "Je reçois beaucoup d’appels depuis l’annonce de Carlos Ghosn en septembre dernier !", souligne Jean-Philippe Arvert, directeur d’UbiFrance en Indonésie. "L’Indonésie est très francophile. Le français est la seconde langue enseignée ici. Mais il faut être patient et s’accrocher, venir à de nombreuses reprises pour avoir une réelle chance de s’implanter", prévient-il.

"L’Asie du Sud-Est est le marché naturel du Japon", assène de son côté Daniel Nacass, directeur des relations publiques chez Mitsubishi. Pauline Ducamp (USINE NOUVELLE) explique que, depuis plus de quarante ans, les Japonais ont la main sur la région, et ils ont défini toute l’économie automobile locale. Dans la zone industrielle de Purwakarta, à une centaine de kilomètres de Jakarta, les sous-traitants viennent tous des "keiretsu" (conglomérats) japonais. Les goûts des consommateurs indonésiens - mais cela vaut aussi pour la Thaïlande - sont conditionnés par l’industrie japonaise. Certains constructeurs ne veulent pas s’y confronter frontalement. "Peugeot est très petit en Thaïlande. Pour y être, il faut avoir des activités industrielles. La situation est la même en Indonésie. Il faut une gamme de véhicules adaptés, par exemple un MPV sept places, et un site industriel pour les produire", constate Jean-Yves Dossal, directeur du Commerce pour l'Asie chez PSA. Par ailleurs, le groupe a fait le choix d’assembler en kits CKD (collections), via des partenaires industriels, en Malaisie, au Vietnam et peut-être bientôt en Birmanie, où "Peugeot est la première marque européenne à s’installer", s’enthousiasme Jean-Yves Dossal. "Les Japonais n’y sont pas trop présents et notre technologie est un atout".

Domination japonaise ou pas, pour Renault, l’Asie du Sud-Est et ses 650 millions d’habitants sont en train de basculer dans la consommation à grande échelle, écrit l'USINE NOUVELLE. Richard Valette, directeur commercial de la région Asie-Pacifique, en est convaincu : "Parmi les constructeurs européens, nous sommes venus, notamment ici en Indonésie, au bon moment". "Volkswagen, par exemple, n’est ici qu’un petit constructeur comme les autres. Ici, c’est la nouvelle frontière, le nouvel horizon de l’automobile", ajoute-t-il.

Juliette Rodrigues