L'ASEAN, prochain relais de croissance de l'automobile (1/2)

En 2020, le marché automobile de l'Asie du Sud-Est devrait dépasser celui de la Russie. Cet immense réservoir de croissance attire les grands constructeurs mondiaux. Plus de 60 % de la croissance du marché automobile mondial à l’horizon 2017 viendra des pays en développement de l’Asie du Sud-Est. Si la Chine et l’Inde font figure de locomotives, la zone Asean devrait enregistrer une forte progression. Ses dix pays membres, notamment la Thaïlande et la Malaisie, sont considérés comme le prochain relais de croissance de l’industrie automobile.

Une grande pancarte "Welcome to the Detroit of the East" accueille le visiteur en Thaïlande, souligne Pauline Ducamp de l'USINE NOUVELLE. Les champs d’ananas qui occupaient il y a encore dix ans cette partie de la province de Rayong, au sud-est de Bangkok, ont été repoussés sur les collines verdoyantes alentour. À la place s’est développé un vaste et florissant Monopoly industriel, à l’image de ce que fut "Motor City", à Detroit, dans les années 1960, explique l'hebdomadaire. L’an passé, la Thaïlande, pôle de croissance de la région, occupait la première place du marché automobile de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), avec 1,29 million de véhicules vendus. Le royaume, qui en a produit deux fois plus (2,46 millions), exporte jusqu’en Australie et en Afrique du Sud.

Les dix pays membres de l’Asean font figure d’eldorado pour les constructeurs, poursuit l'USINE NOUVELLE. La zone compte 650 millions de consommateurs potentiels, soit plus qu’en Europe ou aux États-Unis. En 2013, les ventes de véhicules (3,36 millions d’unités) y ont dépassé celles enregistrées en Russie (2,6 millions). La Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie sont les leaders de la production automobile de l’Asean. Mais le Vietnam, le Laos, les Philippines ? et bientôt la Birmanie ? progressent à grande vitesse. "La Thaïlande, c’est l’usine", résume Claire Camdessus, directrice d’Ubifrance en Thaïlande. "La Thaïlande s’est surtout créée sur la faiblesse de ses voisins", analyse Claire Camdessus. Ce n’est pas tant le savoir-faire industriel qui favorise le pays, mais les politiques menées pour attirer les entreprises étrangères (exonérations d’impôts, subventions...), ainsi qu'un bon niveau d’anglais et une stabilité politique, bien que celle-ci ait été malmenée ces derniers temps. "La main-d’?uvre est aussi mieux éduquée qu’en Chine. La Thaïlande s’est donc imposée comme un concurrent direct, notamment dans la fabrication de pièces détachées", ajoute Hadi Zablit, directeur associé au Boston Consulting Group.

Faurecia, Valeo, Plastic Omnium, les grands équipementiers français sont bien présents en Thaïlande et en Indonésie. Faurecia, notamment, opère avec Summit Auto Seats Industry, un sous-traitant local spécialiste des pièces plastiques, pour réaliser des planches de bord destinées à l’usine locale de Ford, ajoute l'USINE NOUVELLE. "En 2008, nous avons obtenu le marché de la Fiesta. Nous sommes donc venus nous installer et nous associer à Summit, déjà sous-traitant de Ford", rappelle Raphaël Berthoud, patron de la région pour Faurecia Interior Systems depuis six ans. L’appui financier et institutionnel du gouvernement thaïlandais, via le Bureau des Investissements, a facilité l’implantation du groupe français, qui possédait déjà en propre une première usine. Depuis, les deux partenaires fabriquent aussi les planches de bord des pick-ups Ford Ranger et Mazda Fighter, des modèles exportés vers les pays limitrophes.

Juliette Rodrigues