Jacques Mauge évoque le rôle des équipementiers en matière de R&D

Dans un entretien accordé à L’ARGUS (29/6/17), le président de la Fiev Jacques Mauge explique que les équipementiers ne sont pas dans la course aux dépôts de brevets, mais qu’ils sont tournés vers l’innovation. « Valeo dédie 11 % de son chiffre d’affaires en R&D, c’est impressionnant ! Nous vivons une incroyable période de bouleversement technologique. Jusqu’à présent, nous ne faisions qu’améliorer le même concept de moteur à combustion. Maintenant, nous sommes dans la rupture, avec des révolutions dans la motorisation par l’électrique, l’hydrogène », se félicite-t-il. « L’arrivée de l’économie numérique permet à de nouveaux entrants d’intervenir et de menacer les acteurs existants. Le métier des équipementiers et des constructeurs est tellement difficile que personne ne cherche à le leur voler. Mais au sein de [la chaîne de valeur], si la valeur se déplace, d’autres acteurs peuvent s’y engouffrer. Ce qu’il faut éviter, c’est de rester dans le créneau le moins rémunérateur, la fabrication pure, pour se diriger vers les services », prévient-il toutefois.

M. Mauge indique que la part des équipementiers dans la conception des véhicules est de plus de 80 % aujourd’hui et qu’elle progresse. « Il ne faut pas le voir comme une victoire sur les constructeurs. Cela traduit surtout que la R&D n’est plus aux mains des constructeurs. La position de l’équipementier devient de plus en plus stratégique. Il ne s’agit pas d’un renversement de pouvoir, car les constructeurs gardent la main sur le choix des technologies développées », déclare-t-il. « Le moment de rêve, c’est quand le constructeur n’a plus le choix. C’est le cas d’Intel Inside dans les ordinateurs. On pourrait imaginer un Valeo ou un Bosch Inside? Mais pour arriver à ce stade, l’équipementier doit avoir une visibilité du marché final. Ce sont des budgets de communication énormes qui souvent indisposent le client constructeur. Les services numériques peuvent être l’occasion de faire connaître une marque », détaille-t-il.

Evoquant le développement des véhicules autonomes en France, M. Mauge souligne que la réglementation hexagonale n’est pas aussi rigide qu’elle pourrait l’être. « Le législateur voit beaucoup d’avantages dans le véhicule autonome. Un automate n’est jamais fatigué, ne boit pas, ne dort pas, est respectueux des lois. Ce sujet motive le législateur et est une opportunité pour les équipementiers. Les aides à la conduite vont arriver assez vite. Le 100 % autonome mettra plus de temps. Il y aura des accidents, mais s’il y en a dix fois moins, ce sera un énorme progrès. L’obstacle sera plutôt de gérer la cohabitation des véhicules autonomes et non autonomes », prévoit-il.

Alexandra Frutos