Jacques Aschenbroich évoque les mutations du secteur automobile

Dans un entretien accordé aux ECHOS (30/9/16), le président de Valeo Jacques Aschenbroich évoque les mutations du secteur automobile. « Il y a quinze ans, nous faisions de la mécanique. Désormais, on fait de la mécatronique et on avance très vite sur le logiciel », explique-t-il. « Notre secteur fait face à trois révolutions simultanées, ce qui est assez unique et sans précédent. On assiste d'abord à un bouleversement des motorisations, avec la baisse du diesel, la montée en puissance de l'électrique et des technologies alternatives, qu'il s'agisse de l'hybride et bientôt de la pile à combustible. Seconde vague, l'avènement de la voiture autonome. On peut discuter de la date - 2020 ou 2025 ? - mais les technologies sont bien là. Troisième bouleversement, le numérique, qui permet de faire émerger de nouvelles formes de mobilité portées par les Uber, Drivy et autres Blablacar. Les frontières se brouillent, l'automobile est beaucoup plus complexe », souligne-t-il. « Avant, on ne faisait que comparer la balance diesel-essence ou l'évolution des boîtes de vitesse automatiques et manuelles. Aujourd'hui, on doit raisonner avec différents scénarios. Le film n'est plus écrit d'avance, les questions sans réponse évidente sont pléthore. Un exemple : la notion de propriété aura-t-elle encore un sens à l'avenir, ou passera-t-on totalement sur une logique de location et de services ? Les gagnants seront ceux qui parviendront à proposer des mobilités adaptées aux besoins de chacun », prévoit-il.

« Certains de nos métiers pourraient bien sûr se trouver fragilisés, comme le marché du remplacement et de la maintenance, moins évident dans un univers de voiture électrique. Mais, en réalité, nous n'avons jamais eu autant d'opportunités pour répondre à des besoins nouveaux. Ainsi, la conception de clés virtuelles pour l'autopartage, que nous faisons avec notre partenaire Gemalto, nous permettrait d'avoir Hertz, Drivy ou Avis comme clients d'ici trois à cinq ans », indique par ailleurs le dirigeant, qui compte faire la course en tête dans l'innovation. « Valeo investit 11 % de son chiffre d'affaires en R&D. Mais l'écart se fera surtout sur le rythme, la capacité à avancer plus vite », estime-t-il. « Mon rêve, c'est de faire de Valeo, malgré sa taille, une grosse start-up qui s'autofinance. Ces dernières années, nous avons décentralisé les décisions de projet, d'embauche et d'investissement. Les choix, mêmes stratégiques, doivent pouvoir se faire très vite, en quelques heures seulement. Pour rester souple, nous avons aussi créé un ?Car Lab? à Bobigny : nos ingénieurs peuvent y venir quelques heures ou quelques jours », souligne-t-il.

Alexandra Frutos