Infiniti veut se donner les moyens de réussir en Europe

En Amérique du Nord, où l'acheteur accorde moins d'importance à la légitimité historique qu'aux qualités intrinsèques des véhicules, la marque Infiniti jouit d'une belle réputation depuis ses débuts, concomitants à ceux de Lexus. Infiniti a vendu 172 000 véhicules dans le monde au cours de l’exercice 2012-2013 clos fin mars. Il en a vendu 119 877 aux Etats-Unis (+ 22 %) et quelque 12 000 en Chine. Les bonnes performances d'Infiniti aux Etats-Unis ont d'ailleurs conduit Nissan à envisager la construction d’une nouvelle usine en Amérique du Nord destinée à la production de modèles Infiniti. L’activité pourrait démarrer en 2017, avec une capacité de 100 000 unités par an au moins. "Le choix du pays n’a pas encore été décidé, Etats-Unis, Canada ou Mexique", précise le constructeur. L’usine, qui représenterait un investissement de 2 milliards de dollars, permettrait de créer 2 000 emplois directs environ.

Fort de ce succès, Infiniti estime avoir un réel potentiel en Europe. Il s'est vendu sur le continent au cours des huit premiers mois de l'année près de 53 fois plus de BMW Série 5 que d'Infiniti, tous modèles confondus. Dans le même temps, Lexus vendait près de 11 fois plus de voitures en s'appuyant sur la notoriété de ses hybrides à double motorisation essence-électrique. Les choses devraient toutefois changer car Johan de Nysschen, actuel patron d'Infiniti, est résolu à faire de la marque un blason d'envergure mondiale et une alternative crédible aux marques premium allemandes.

Infiniti espère couvrir d'ici à 2020 près de 90 % du marché avec une gamme qui comptera onze modèles contre six à ce jour. En Europe, où il organise sa première grande offensive, son fer de lance sera constitué par la future Q30, attendue courant 2015. Première berline familiale compacte de la marque, la Q30 sera fabriquée au Royaume-Uni sur les chaînes de Nissan à Sunderland (plan d'expansion de 295 millions d'euros ; capacités de production prévues de 60 000 unités par an). Elle aura droit à un dérivé crossover pour satisfaire l'appétit des Européens pour les véhicules de loisir compacts. Infiniti devrait même se doter d'un "véhicule d'image", sous la forme d'un modèle à très hautes performances. "Notre présence au sommet est indispensable si nous souhaitons être pris au sérieux", déclarait Johan de Nysschen à l'ouverture du Salon de Francfort au mois de septembre. Du Diesel, de l'innovation et des modèles compacts pour convaincre, tels sont les axes de la stratégie d'Infiniti pour l'Europe.

La marque se donne les moyens de réussir, en misant sur le long terme. A ce jour dans le monde, le premium représente 12 % des ventes de tous les constructeurs confondus mais 50 % de leurs bénéfices : l'objectif est d'accroître le poids d'Infiniti au sein du portefeuille des marques de l'Alliance Renault-Nissan. Infiniti compte atteindre son objectif de marge opérationnelle cette année, fixé à 6-7 %, grâce en partie à la faiblesse du yen, mais également au dynamisme des ventes au second semestre. La marque de luxe de Nissan vise une marge de plus de 10 % à l’horizon 2022, avec la vente de 500 000 voitures dans le monde.

Juliette Rodrigues