Guillaume Devauchelle (Valeo) fait le point sur les avancées de la voiture autonome

« Google fait le marketing à notre place gratuitement, profitons-en. Cela rend la voiture autonome tendance », a déclaré le directeur de l’innovation de Valeo Guillaume Devauchelle dans le cadre d’une conférence du think tank Automobilité et Avenir. L’activisme de Google sur ce sujet n’est pas une menace mais une opportunité pour lancer les équipements qui conduiront à la voiture autonome, a estimé le dirigeant. « Chez Valeo, nous croyons à la voiture autonome depuis le début des années 2 000 », a-t-il rappelé.

Alors que se déroule à partir du 5 octobre le congrès ITS, rassemblement de tous les acteurs impliqués dans le véhicule connecté et autonome, Valeo prévoit que le tout autonome n’existera pas avant 2030 et que l’on y arrivera progressivement par développement successif de fonctions, chaque étape bénéficiant de l’expérience des précédentes. Ainsi, le développement de la fonctionnalité de parking automatique s’est faite pas à pas. D’abord le créneau avec 50 cm avant, 50 cm arrière sur un véhicule de haut de gamme, puis avec des distances réduites, ensuite avec un stationnement en épis, puis la sortie de la place de parking et enfin le couplage de ces man’uvres au smartphone. « Chaque petite étape bénéficie de l’expérience de la précédente avec une multitude de cas à prendre en compte », a expliqué M. Devauchelle. « D’ores et déjà, il y a des situations de conduite où il est possible techniquement de rouler en autonomie. Valeo l’a démontré avec les man’uvres de parking. On a déjà équipé 5 millions de véhicules de man’uvres de parking automatiques dans le monde. Cela fait des milliards de man’uvres avec des toutes petites séquences », a-t-il souligné.

La deuxième série de man’uvres de véhicules autonomes qui est mure techniquement porte sur tout ce qui est conduite autonome dans des structures du type périphérique parisien ou rocade de Bordeaux, où les infrastructures sont bien marquées et où il n’y a pas de piéton, pas de feux, où les intersections sont bien identifiées et pas de véhicule en sens inverse. « Techniquement, c’est relativement facile et cela a une vraie valeur pour les usagers. C’est une fonction qui est très attendue », a déclaré Guillaume Devauchelle.

Troisième fonction déjà possible, l'autonomie sur des autoroutes de types français, où l’infrastructure est bien identifiée et « où il est techniquement possible de rouler à 130 km/h sans le moindre risque », a estimé le dirigeant. « La diffusion du véhicule autonome commencera progressivement, comme le téléphone portable. Au début, toutes les zones n’étaient pas couvertes, les fonctionnalités étaient très limitées. Ensuite les fonctions se sont additionnées les unes les autres. Ma prévision, c’est à l’image du téléphone portable, à l’époque personne n’imaginait qu’on allait prendre son avion avec son téléphone portable qui fait office de billet, personne n’imaginait la portée d’Internet et l’ensemble de services offerts. Très clairement, le véhicule aujourd’hui va se transformer vers de nouveaux usages qui très largement restent à inventer. C’est la mission des équipementiers de définir de nouvelles fonctionnalités. Aujourd’hui, personne ne sait dans quel sens cela va évoluer », a-t-il expliqué.

Alors qu’un constructeur comme Toyota met en avant la sécurité routière comme gain principal de la conduite autonome, Guillaume Devauchelle estime que « la finalité est de libérer du temps et de retrouver un plaisir de conduite décalé par rapport à aujourd’hui. Le plaisir de conduire va se décaler vers de nouvelles fonctionnalités et de nouveaux usages, comme entretenir son réseau social, apprendre une langue étrangère, par exemple », a-t-il déclaré. (AUTOACTU.COM 5/10/15)

Alexandra Frutos