Fiat va t-il perdre ses gènes italiens dans la fusion avec Chrysler ? (2/2)

Fiat n’a pas encore fait savoir comment il s’organisera après la fusion avec Chrysler, mais les investisseurs rappellent que Sergio Marchionne, administrateur délégué de Fiat et directeur général de Chrysler, a fusionné avec succès Fiat Industrial avec l’américain CNH pour créer un géant mondial des véhicules agricoles. CNH Industrial a sa cotation principale à New York, une autre secondaire à Milan, est enregistré aux Pays-Bas et domicilié fiscalement au Royaume-Uni. Cet exemple est bien vu des marchés financiers mais inquiète en Italie où le gouvernement voudrait agir mais se retrouve largement impuissant face à des ventes de voitures tombées à leur plus bas niveau depuis les années 1970. "Le marché est difficile en Europe et spécialement en Italie, la croissance est ailleurs. Le gouvernement le sait bien et ne peut pas faire grand chose", indique un analyste à Milan.

Fiat, le premier employeur privé d’Italie, et le gouvernement ont pris l’engagement l’an dernier d’oeuvrer ensemble à la relance du marché automobile italien. Le gouvernement, qui avait auparavant exhorté le groupe à "rester en Italie", s’est officiellement réjoui de l’accord de fusion, en y voyant "un plus pour l’Italie". Les syndicats attendent de Fiat qu’il investisse dans de nouveaux modèles, sur fond de stabilisation du marché en 2014. Le ministre italien de l’Industrie Flavio Zanonato a affirmé avoir d’ores et déjà reçu des assurances de Sergio Marchionne sur le maintien de la présence de Fiat en Italie. Mais les syndicats voudraient des engagements contraignants. "Notre inquiétude est que Fiat arrêtera de produire des voitures en Italie", dit Federico Bellono, secrétaire général de la branche turinoise du syndicat Fiom. "Nous craignons que les investissements qui seront effectués en Italie soient beaucoup plus bas que ce l’on pouvait attendre."

Après la détérioration des conditions de marché, Fiat avait abandonné un plan de 2010 prévoyant d’investir jusqu’à 20 milliards d’euros dans ses opérations italiennes, et certains craignent que la fusion entraîne d’autres renoncements. Selon des estimations du cabinet IHS Automotive, les usines italiennes de Fiat n’ont tourné en moyenne qu’à 41% de leurs capacités en 2013. Le constructeur turinois a toutefois réaffirmé à maintes reprises qu’il ne fermerait pas d’usines, contrairement à ses concurrents Ford, GM ou PSA Peugeot Citroën. Il a aussi confirmé son intention d’assembler des tout-terrain Jeep et des modèles Alfa Romeo en Italie pour exporter vers l’Asie, l’Amérique latine et les Etats-Unis. Un nouveau projet industriel doit être dévoilé fin avril.

Selon des analystes, les investissements en Italie seront en tout état de cause insuffisants pour préserver l’emploi. Ils estiment que Fiat devrait tripler sa production dans la Péninsule pour remettre au travail ses milliers d’ouvriers actuellement en chômage technique. Les syndicats eux-mêmes reconnaissent que la contraction du marché italien a changé la donne. "L’Italie n’est déjà plus qu’une province dans l’empire Fiat", conclut Federico Bellono.

Juliette Rodrigues