Fiat va t-il perdre ses gènes italiens dans la fusion avec Chrysler ? (1/2)

Après des mois de blocage, Fiat est parvenu, le 1er janvier, à un accord lui permettant de mettre la main sur la totalité du groupe américain Chrysler, afin de donner naissance à un géant de l’automobile. Fiat ne détenait jusqu’alors que 58,5 % du capital de Chrysler, le reste (41,46 %) étant aux mains du fonds de pension Veba du syndicat américain de l’automobile UAW. Veba recevra un total de 3,65 milliards de dollars, dont 1,75 milliard de dollars versés par Fiat au comptant et 1,9 milliard par Chrysler. L’accord prévoit en outre des « contributions ultérieures » de Chrysler à Veba d’une valeur totale de 700 millions de dollars sur trois ans. La somme versée à Veba est nettement moins élevée que ne le prévoyait les analystes et valorise Chrysler autour de 10,5 milliards de dollars.

Une des premières conséquences de la fusion entre Fiat et Chrysler sera vraisemblablement la cotation du groupe à New York, faisant des Etats-Unis le nouveau centre de gravité de Fiat, aux dépens de l'Italie. Deux sources proches de Fiat ont évoqué la probabilité d'une cotation à Wall Street dès 2015. Une cotation à New York permettrait à l'administrateur délégué Sergio Marchionne de prendre encore un peu plus de distance avec le Vieux Continent et de présenter Fiat à l'égal de General Motors ou de Ford devant les investisseurs.
"Avec une cotation aux Etats-Unis, c'est toute la perception du groupe qui pourrait évoluer", commente George Galliers, analyste chez International Strategy and Investment.
"Aujourd'hui Fiat est perçu comme un acteur européen plutôt faible, avec une bonne exposition en Amérique latine et une exposition en Amérique du Nord grâce à Chrysler. Une fois coté à New York, il sera placé sur le même plan que Ford et GM". En outre, si Fiat a son siège à Turin depuis 115 ans, Sergio Marchionne laisse volontiers planer le doute sur la localisation du futur siège de l'ensemble. Un transfert du siège de Turin vers les Etats-Unis est envisagé. Le président du groupe, John Elkann, avait toutefois défendu au printemps le principe de "plusieurs sièges répartis dans le monde".

Chrysler semble aujourd'hui le pivot de l'ensemble italo-américain. Il a en effet déjà représenté plus de la moitié du chiffre d'affaires du consortium Fiat-Chrysler au premier semestre de 2013, permettant à Fiat de dégager un bénéfice de 435 millions d'euros, alors que ses opérations propres ont accusé une perte de 501 millions. Sur neuf mois, le consortium a affiché un bénéfice d'exploitation quasi-stable de 2,51 milliards d'euros et un bénéfice net en légère baisse, à 655 millions. Mais, sans Chrysler, Fiat aurait affiché sur la période un tout petit bénéfice d'exploitation de 200 millions d'euros et une perte nette de 729 millions.

Juliette Rodrigues