Et si le Japon réussissait le pari fou de la relance économique ?

L'austérité était-elle vraiment la seule voie pour sortir de la crise dans la zone euro? Si le FMI a reconnu ses erreurs dans la gestion de la crise grecque, il maintient la nécessité de l'austérité pour les pays européens. Pour certains économistes, dont Michel Santi (économiste franco-suisse qui conseille des banques centrales de pays émergents. Il est membre du World Economic Forum, de l'IFRI et est membre fondateur de l'ONG « Finance Watch »), l'austérité était loin d'être la seule solution, au regard du redémarrage de l'économie japonaise grâce aux stimuli décidés de son premier ministre Shinzo Abe.

Le gouvernement de droite de Shinzo Abe, en place depuis six mois, conduit une politique orientée vers l'expansion de la demande par ses ?trois flèches’ : un plan massif de relance (via notamment des travaux publics), une souplesse monétaire accentuée par des dispositions nouvelles de la banque centrale du Japon (BoJ) et une stratégie de dérégulation et réformes pour faciliter la tâche des entrepreneurs. Ces "trois flèches" vont permettre selon lui de débarrasser le pays de la déflation, une baisse continue des prix considérée comme la cause première de la faiblesse d'activité depuis une quinzaine d'années. L' "Abenomics" est une stratégie risquée, car basée sur la planche à billets, mais jouable.

Un bon signe pour M. Abe, la croissance du Japon vient d'être revue à la hausse pour le premier trimestre 2013, à "+ 1 %" par rapport au quatrième trimestre 2012, contre "+ 0,9 %" selon les données préliminaires publiées mi-mai. En rythme annualisé, le PIB s'est élevé de 4,1% (au lieu de 3,5 %), a précisé le gouvernement. Le Japon, troisième puissance économique mondiale, s'était tout juste extrait au 4ème trimestre 2012 de six mois de récession. Entre janvier et mars 2013, les investissements des entreprises (hors immobilier) ont nettement moins diminué qu'escompté: "- 0,3 %" par rapport au trimestre précédent contre "- 0,7 %" annoncé mi-mai. Ce facteur explique à lui seul la révision à la hausse, modeste certes, mais qui va dans le sens souhaité par Shinzo Abe.

De plus, la production industrielle au Japon a augmenté de 1,7 % en avril, tirée par la fabrication d'automobiles, de semi-conducteurs et d'écrans à cristaux liquides, et le taux de chômage était en avril à son plus bas niveau depuis quatre ans (4,1 %). La consommation des ménages a par ailleurs augmenté de 1,5 % en avril sur un an. Les milieux des affaires sont globalement plus optimistes depuis le retour au pouvoir des conservateurs en décembre, sous l'égide de M. Abe. Les industriels ont notamment salué les mesures d'assouplissement monétaire lancées par la BoJ. Le Premier ministre a encore insisté, récemment, sur sa volonté d'aller plus loin, notamment avec la "troisième flèche", celle de la stratégie de croissance, en annonçant son intention de baisser les impôts des sociétés à condition qu'elles investissent, élément nécessaire à un regain significatif de croissance. M. Abe s'est en outre dit prêt à être pragmatique au sujet de la hausse prévue de la taxe sur la consommation en deux phases à partir de 2014: elle ne sera appliquée que si l'économie est en phase de rebond tangible et durable, afin de ne pas stopper net un redémarrage tout juste amorcé.

A ceux qui, comme le FMI, estiment que le Japon prend des risques considérables en laissant filer la dette déjà colossale de l'Etat, M. Abe répond que le fardeau ne baissera pas tant que la croissance ne sera pas revenue et la déflation terrassée, et que c'est précisément le but de l' "Abenomics".
Cette orientation vers plus de croissance est soutenue par la banque centrale du Japon, qui a mené de nouvelles réunions en vue de quelques dispositions additionnelles. Le Japon peut réussir son pari de modernisation de son économie : il bénéficie d'institutions fortes et d'une force de travail bien éduquée, disposant de fantastiques compétences techniques. Le Japon se trouve également dans la région la plus dynamique du monde et souffre moins d'inégalités sur de nombreux pays industriels avancés.

Juliette Rodrigues