Espagne : la prime à la casse pourra-t-elle sauver le marché ?

Le marché automobile espagnol, dévasté par la crise, bénéficie depuis quelques mois d’une lueur d’espoir grâce à la prime à la casse mise en place par le gouvernement. Mais avec un taux de chômage qui atteint les 26 % et un PIB inférieur de 6,4 % à celui de 2008 (il devrait en outre reculer de 1,4 % cette année), les ménages ne sont pas très enclins aux grosses dépenses, même avec une aide de 2 000 euros. Les ventes en Espagne ont diminué de 9,8 % en février, à 58 373 unités, volume à peine supérieur à celui de la Belgique, dont la population ne représente pourtant qu’un quart de celle de l’Espagne.

Quelque 700 000 véhicules ont été vendus en Espagne l’an passé, soit moins de la moitié du volume record de 2005. Si la plupart des analystes s’accordent à dire que le Plan PIVE permettra d’enrayer la chute des ventes pendant quelques mois, ils estiment que, dès l’arrêt des aides, le marché repartira à la baisse, pour atteindre 650 000 unités en 2014. « Lorsque la crise sera passée, et que la croissance sera de retour, il faudra des années pour que le marché recouvre des niveaux comparables à ceux qu’il avait coutume d’enregistrer auparavant », déclare Jonathan Poskitt, analyste chez LMC Automotive à Oxford. Avec les mesures d’austérité, les consommateurs concentrent leurs dépenses sur les produits de base, indispensables au quotidien, et se soucient nettement moins d’exhiber une voiture flambant neuve.

Les concessionnaires figurent parmi les principales victimes de la crise. Depuis 2007, près de 15 % ont fermé boutique, entraînant la suppression de 50 000 postes de travail, soit 28 % de leurs effectifs totaux, souligne l’Association espagnole des concessionnaires (Faconauto). « Non seulement nous vendons moins de voitures, mais celles que nous vendons sont les moins chères, telles que les Sandero à 7 900 euros », explique Raquel Salindo, employée dans une concession Renault à Torre-Pacheco.

L’industrie automobile est un secteur clé de l’économie espagnole, tant en termes d’emplois que de recettes fiscales pour l’Etat. Pour stimuler l’investissement, le gouvernement de M. Rajoy a fait passer des réformes qui permettent aux entreprises de réduire les salaires et de réorganiser les effectifs avec plus de souplesse ; Ford, PSA Peugeot Citroën et Renault ont ainsi pu augmenter leur production locale. Carlos Ghosn, président de Renault, estime que l’industrie espagnole sortira "plus forte" de la crise économique, car l’Espagne "est le pays européen qui a le plus avancé pour recouvrer sa compétitivité et a réussi à supprimer la rigidité de son marché du travail". M. Ghosn souligne que les "Espagnols ont su être raisonnables dans cette démarche", qui a permis de réduire les coûts du travail et d’accroître la flexibilité. L’industrie automobile espagnole va de nouveau attirer les investissements de la part des grands groupes, qui vont y fabriquer de nouveaux produits.
Mais les analystes observent que l’augmentation de la production des usines espagnoles ne signifie pas que les Espagnols vont acheter ces véhicules. « Avoir une voiture par ces temps de crise est un luxe que la plupart des Espagnols ne peuvent pas s’offrir », expliquent-ils.

De son côté, Nissan estime que le marché espagnol a touché le fond, avec un volume de moins de 700 000 unités en 2012, mais qu’il est "absurde" de garder comme référence les 1,6 million d’unités enregistrées en 2006. "Depuis 2008, les constructeurs et les réseaux ont mené une restructuration, tant dans le domaine des installations que celui des coûts. Aujourd’hui, la plupart des marques en Espagne ont adapté leurs structures à un marché de 700 000 à 800 000 unités par an", a expliqué Raoul Picello, directeur général de la filiale espagnole de Nissan. "La nouvelle référence se situe à 1,2 million d’unités, lorsque le marché se sera redressé, avec une étape à 1 million d’unités, qui n’interviendra pas avant 2 ou 3 ans", a-t-il ajouté.
"Le Plan PIVE a permis au marché de reprendre sa croissance, du moins pour les ventes aux particuliers, qui s’inscrivaient en baisse depuis 30 mois", se félicite néanmoins l’Anfac (Association des constructeurs en Espagne).

Juliette Rodrigues