Emploi : de l'auto vers l’aéronautique, les passerelles restent à construire (1/2)

L’idée de faciliter les reconversions de salariés de l’automobile, secteur en difficulté, vers celui de l'aéronautique, antidépresseur de l’économie française, pourrait sembler très séduisante. Prônée par Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, elle se heurte toutefois à des freins puissants, notamment pour les ouvriers, géographiquement moins mobiles.

Fin janvier, le ministre du Redressement productif annonçait vouloir mettre rapidement en place des formations-passerelles. "Nous allons faire un travail de dentellière pour faire passer les emplois perdus dans l’automobile vers les emplois de qualité, bien payés, non pourvus dans l’aéronautique", assurait-il. A l’horizon 2020, 3 800 à 6 300 postes devraient disparaître dans l’automobile, selon le cabinet économique BIPE.

Alors qu’Airbus vient de décrocher le plus gros contrat de l’histoire aéronautique, et que se tient du 17 au 23 juin le 50ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget, on explique au ministère du Redressement productif travailler à un "état des lieux" géographique et sectoriel des bassins d’emploi, "qui devrait être terminé d’ici six semaines". "Pour l’instant, à part Safran, qui va reprendre des salariés de PSA, nous n’en sommes pas à la concrétisation", admet le gouvernement. L’équipementier aéronautique a le projet d’embaucher 400 salariés du constructeur. "Cela concerne essentiellement des effectifs de structure, ingénieurs et cadres", explique-t-on chez PSA où, "malgré des contacts réguliers avec des entreprises de l’aéronautique", aucune autre passerelle n’est à l’étude.

Evaluant entre 3 000 et 6 000 le nombre de postes non pourvus dans l’aéronautique en 2011, le cabinet d’intérim Randstad a lancé en avril 2012 un appel aux salariés désireux de changer de secteur. En amont, une dizaine de qualifications (électricien, carrossier, tourneur, fraiseur...) avaient été identifiées.

Près d’un an plus tard, sur les 500 personnes contactées, seules 20 ont franchi le pas, "essentiellement des jeunes célibataires ou en couple, qui ont fait le deuil de l’automobile, car beaucoup espèrent encore un rebond", relate Laurent Duverger, responsable du centre expert aéronautique chez Randstad. "On n’a pas réussi à passer du stade artisanal au stade industriel", déplore-t-il. Pour lui, "la première raison est géographique". "On trouve de l’automobile notamment dans le Nord-Est, alors que l’aéronautique se concentre sur le Sud-Ouest, où les loyers sont plus chers, et l’écart de salaires n’est pas à la hauteur de l’écart immobilier", explique-t-il.

Juliette Rodrigues