Didier Leroy livre sa feuille de route et sa vision de l'avenir de Toyota

Après avoir maintenu, depuis sa création il y a soixante-dix-huit ans, une direction totalement homogène, constituée exclusivement d'hommes japonais âgés d'une soixantaine d'années, ayant fait la totalité de leur carrière au sein du groupe, Toyota a confié au Français Didier Leroy (57 ans) l'un des six postes de vice-président exécutif du groupe, soulignent Les Echos. Il passe ainsi sous la supervision directe du président directeur général exécutif Akio Toyoda. Après seize années passées chez Renault, M. Leroy a rejoint Toyota en 1998. Il était dernièrement patron de Toyota en Europe.

Avec cette nomination, Akio Toyoda confirme qu'il veut marquer les esprits au sein de son entreprise, esprits dont il tente depuis des années de bouleverser le conservatisme et les codes de gouvernance. Le petit-fils du fondateur est convaincu que le groupe, qui compte 340 000 employés, qui réalise désormais plus de 80 % de ses ventes hors de l'Archipel et produit près de 70 % de ses véhicules dans ses usines étrangères, ne peut plus résister à l'internationalisation de son management. C'est également dans un souci de diversification de sa direction, que Toyota a annoncé, au même moment, qu’une femme allait pour la première fois occuper un poste exécutif au sein du groupe. Vice-présidente de Toyota en Amérique du Nord, Julie Hamp a intégré la direction générale du groupe.

Didier Leroy a livré aux Echos sa feuille de route pour les années à venir. Ses priorités seront d’aider Toyota à devenir une entreprise globale. "La dimension internationale d’un groupe ne?se résume pas à son nombre d’implantations à l’étranger, et beaucoup d’entreprises restent dans une logique nationale tout en étant très présents ailleurs. Nous pouvons mieux saisir les tendances fortes des zones où nous sommes présents. Le deuxième point, c’est de cultiver ce que notre PDG, Akio Toyoda, appelle la 'true competitiveness', littéralement la 'vraie compétitivité'. C’est-à-dire cette capacité à allier une bonne définition des produits, une recherche de croissance, avec une structure de coûts optimisée. Enfin, je souhaite apporter une dimension complémentaire en termes de management. Toyota a pu avoir tendance à une certaine bureaucratie. Le groupe doit pouvoir gagner en agilité et en prise de décision. Akio Toyoda a déjà considérablement réformé l’organisation dans ce sens", explique M. Leroy.

Toyota a publié pour son exercice fiscal 2014-2015 des profits record. Mais le constructeur perd des parts de marché au niveau mondial. Ses ventes - hors Dahaitsu et Hino - ont baissé de 1,6 %, à 8,97 millions d'unités en 2014. Le constructeur est moins fort que ses concurrents en Chine, peine à trouver de nouveaux débouchés dans les pays émergents et pourrait perdre cette année sa place de numéro un au profit de Volkswagen. Peu adepte de la "course aux volumes", Didier Leroy préfère toutefois faire de la "croissance rentable" sa priorité. Il entend aussi accélérer le changement au sein de Toyota, pour lui donner une culture plus internationale et moins nippone.

Interrogé par ailleurs sur les modèles "low cost", M. Leroy indique que Toyota n'a jamais "été extrêmement performant sur ce type d’approche". "Ce ne sont pas des choses faciles à faire, en termes d’organisation et de respect de la qualité. Un élément non-négociable pour Toyota. Notre priorité est plutôt de réfléchir sur le temps long, d’imaginer ce que sera Toyota dans vingt ou trente ans. Et par là même, la mobilité de demain".

M. Leroy donne à ce sujet sa vision des choses. "Nous n’avons pas forcément la réponse?! Entre la voiture autonome, l’auto-partage, les différentes technologies de baisse des émissions... Tout le monde cherche le modèle de demain. Toyota est présent sur l’ensemble des sujets. Nous croyons beaucoup à l’avenir de l’hydrogène et les débuts prometteurs de notre Mirai nous confortent dans cette vision. En milieu urbain, nous maîtrisons la technologie électrique ? nous expérimentons le sujet à Grenoble avec iRoad. Nous sommes également pionniers dans l’hybride et nous allons développer le '?plug-in' hybride avec d’autres modèles qui intégreront la technologie. Quant à la voiture automatisée, nous discutons avec tout le monde, Apple et Google compris. C’est un sujet stratégique, où les risques de voir émerger de nouveaux acteurs existent".

Juliette Rodrigues