Detroit n'est plus que symboliquement « Motor City » (1/2)

Quatre ans après la récession et le sauvetage de deux d’entre eux par le gouvernement américain, les trois constructeurs de Detroit réalisent des ventes robustes et engrangent de solides bénéfices. Mais tandis que leur situation s’est considérablement améliorée, la ville de Detroit, berceau de l’industrie automobile américaine, est dévastée. Les entreprises automobiles font certes des dons, mais General Motors, Ford et Chrysler ne peuvent plus apporter ce dont Detroit a vraiment besoin : davantage d’emplois bien rémunérés.

Il n’y a pas si longtemps encore, Detroit pouvait compter sur les constructeurs, et les importantes recettes fiscales générées par leurs usines et leurs salariés, pour faire face à des périodes difficiles. Dans les années 1960, les constructeurs et leurs fournisseurs étaient pourvoyeurs d’environ 300 000 emplois. Aujourd’hui, c’est plus de dix fois moins.

« Le sort de Detroit est le résultat de décennies de pertes d’emplois », analyse Thomas J. Sugrue, professeur d’histoire à l’Université de Pennsylvanie et auteur d’un livre sur Detroit intitulé « Les origines de la crise urbaine ». « L’industrie automobile s’est décentralisée depuis les années 1950, d’abord vers les banlieues, puis vers le Midwest et la Sunbelt [région qui s’étend de la Californie à la Floride], et plus tard ailleurs en Amérique et à l’étranger. Aujourd’hui, la ville de Detroit n’est plus que symboliquement la ville de l’automobile », explique M. Sugrue. Les emplois automobiles continuent d’ailleurs de disparaître. L’an dernier, American Axle, un grand fournisseur de General Motors, a fermé un complexe qui en 2007 employait encore 2 200 personnes. L’équipementier a transféré son activité dans une usine à moindres coûts au Mexique et il prévoit de détruire le site.

Les constructeurs ont encore une présence visible non négligeable à Detroit. Chrysler exploite une usine d’assemblage et trois usines plus petites dans l’est de la ville ; il a également des bureaux en centre-ville. General Motors a pour sa part son siège le long de la rivière et il possède une usine à Detroit-Hamtramck. Quant à Ford, il n’a pas d’activités à Detroit, mais certains de ses fournisseurs y sont présents.

Frédérique Payneau