Detroit, berceau de l'automobile américaine, ville sinistrée

La ville de Detroit, surnommée Motor City, est au bord de la faillite. Berceau de l’industrie automobile américaine et moteur économique des Etats-Unis pendant la majeure partie du 20ème siècle, elle est devenue depuis trente ans un symbole de pauvreté et de violence urbaine, repaire de gratte-ciels art déco en ruine, d’usines désaffectées et de maisons abandonnées. Des travaux de réurbanisation ont été engagés depuis quelques années, mais la municipalité, surendettée, est à court de liquidités et devrait finir son exercice fiscal avec un déficit budgétaire de 100 millions de dollars et un passif de plus de 14 milliards.

Le 1er mars, le gouverneur de l’Etat du Michigan, Rick Snyder, a déclaré Detroit en « état d’urgence », et il a nommé le 14 mars un coordinateur d’urgence, Kevyn Orr, un démocrate noir originaire du Michigan qui avait déjà aidé à restructurer Chrysler, pour éviter une faillite de la ville. Ces gestionnaires d’urgence ont le pouvoir de décider unilatéralement de fermer des départements entiers de la municipalité, de modifier les contrats de travail, de vendre des actifs de la ville et de réécrire les législations.

Jadis quatrième ville des Etats-Unis, Detroit a vu sa population passer de 1,8 million de personnes en 1950 à un peu plus d’un million dans les années 1990 et à 713 000 en 2010, selon le Bureau du recensement des Etats-Unis. Plusieurs raisons expliquent cette évolution. Dans les années 1950, les trois grands constructeurs automobiles américains - General Motors, Ford et Chrysler - ont commencé à disséminer leurs activités aux quatre coins du pays pour rapprocher leur production de la demande, une tendance qui s'est accélérée dans les décennies suivantes. Les tensions raciales nées avec le mouvement des droits civiques ont en outre entraîné un exode de la classe moyenne blanche vers la banlieue. Les entreprises ont suivi, privant la ville de l’essentiel de ses revenus. S’en est suivi une détérioration des services municipaux, incitant toujours plus de gens à partir, avant le coup de grâce, la crise de l’automobile, qui a débouché sur une douloureuse restructuration du secteur ces dernières années, accompagnée de dizaines de milliers de licenciements. Le renouveau de General Motors, Ford et Chrysler, qui ont leur siège à Detroit ou dans l’agglomération, n’a pas changé la donne pour Detroit.

Frédérique Payneau