Des marchés « en développement » vont supplanter les marchés émergents

D’ici à une quinzaine d’années, les coûts salariaux dans les pays émergents devraient se rapprocher des ceux des marchés développés. A cet égard, une étude réalisée par PricewaterhouseCoopers sur la base des chiffres de 2011 montre que, d’ici à 2030, la Chine, le plus emblématique des pays émergents pratiquant des bas salaires, sera devenue un marché de consommation plutôt qu’une zone de production à bas coûts. Il sera donc beaucoup moins intéressant pour les constructeurs d’automobiles internationaux de produire des véhicules dans le pays, qui n’en restera pas moins un débouché commercial significatif. En Chine, le salaire mensuel moyen devrait en effet passer de 523 dollars en 2011 à 2 057 dollars en 2030. Des pays comme le Mexique, l’Afrique du Sud, la Turquie ou la Pologne devraient connaître la même évolution.

Certains constructeurs ont anticipé le phénomène et commencent déjà à s’implanter dans de nouvelles zones jugées porteuses. Carlos Ghosn, président de Renault et de Nissan, a récemment expliqué que l’entrée de Nissan en Birmanie n’était qu’une étape supplémentaire de sa stratégie visant à s’implanter sur les marchés en développement, au-delà des pays Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L’Alliance s’est lancée en campagne pour s’assurer des positions dans les pays à fort potentiel économique, comme la Birmanie donc, mais aussi le Mexique, l’Indonésie, la Russie et les pays africains. Elle estime déjà être le deuxième groupe automobile en Afrique, et elle cible maintenant les marchés sub-sahariens, a expliqué M. Ghosn. « Nous avons évidemment de nombreux projets, mais aucun d’entre eux ne s’est encore matérialisé. L’Afrique constitue sans aucun doute un important projet pour l’avenir. Aujourd’hui, il s’agit de marchés relativement petits, mais qui présentent des taux de croissance élevés, ou très significatifs », a-t-il ajouté.

A moins d’un bouleversement toujours possible sur longue période, l’Inde et les Philippines, par exemple, devraient afficher, en 2030, un salaire moyen huit fois inférieur environ à celui de la Corée du Sud, qui deviendrait numéro un avec une rémunération moyenne de 5 040 dollars par mois (le pays n’était « que » dixième en 2011).La France et l’Allemagne devraient à cet horizon se situer autour de 5 000 dollars, et les Etats-Unis, le Japon et l’Italie se stabiliser autour de 4 500 dollars par mois en moyenne. La Turquie devrait, en vingt ans, connaître la principale accélération pour frôler la barre des 4 000 dollars. Quant à l’Australie, qui affiche le coût salarial le plus élevé en 2011, elle reculerait à la quatrième place d’ici à 2030.

Toute la difficulté pour les constructeurs consiste donc à anticiper le mieux possible les mutations de l’échiquier mondial de la production automobile, afin de continuer à maîtriser leurs coûts et de ne pas se laisser distancer par leurs concurrents.

Alexandra Frutos