Dans une Amérique latine en crise, les cartes sont redistribuées

Le Mexique est devenu en début d'année le deuxième exportateur de voitures vers les Etats-Unis, dépassant le Japon, et se positionnant derrière le Canada, qu'il pourrait supplanter en 2015, selon les analystes. Avec 2,4 millions de véhicules produits sur les neuf premiers mois de 2014, en hausse de 7,5 %, dont 83 % vendus à l'étranger, le Mexique ravit déjà au Brésil sa place de leader régional en Amérique latine et de septième constructeur mondial. La production de véhicules légers "continue de dépasser des niveaux historiques", s'enthousiasme l'Association mexicaine de l'industrie automobile, notamment grâce à la reprise économique américaine. Pour expliquer cette première place régionale tant en unités produites qu'en véhicules exportés, Armando Bravo, directeur du Centre de développement de l'industrie automobile du Mexique (CEDIAM) de l'institut technologique de Monterrey, évoque "des accords commerciaux de libre échange avec plus de 40 pays dans le monde", ce qui donne au secteur "un avantage compétitif". "Aujourd'hui, nous avons une main d'oeuvre de haute qualité et nous formons plus d'ingénieurs dans des délais plus courts qu'aucun autre pays", souligne M. Bravo. En conséquence, les capitaux affluent : plus de 10 milliards de dollars cette année.

Mais le secteur automobile mexicain fait figure d'exception dans une région où les chiffres sont partout ailleurs à la baisse : au Brésil, mais aussi au Venezuela ou en Argentine. Avec 200 millions d'habitants, le Brésil, en récession, est toujours le quatrième marché mondial pour la vente de véhicules, mais avec 2,38 millions d'unités sorties des chaînes de montage de janvier à septembre 2014, la production a chuté de 17 %. Les ventes ont quant à elles fondu de 7,5 % sur la même période et les exportations ont reculé de 38 %, à 262 007 unités. En outre, le secteur automobile brésilien, qui emploie 150 000 personnes, a perdu 1 % de ses effectifs. Face à une demande argentine déprimée, "nous travaillons à l'ouverture de nouveaux marchés, spécialement la Colombie", a récemment indiqué Luiz Moan, président de l'Association des constructeurs au Brésil (ANFAVEA).

Moteur de l'économie du sous continent et importante source d'emplois, l'industrie automobile souffre plus encore en Argentine et au Venezuela, deux pays soumis à un contrôle des changes destiné à freiner la fuite de devises. La situation la plus dramatique s'observe au Venezuela, où les chaînes de montage sont quasiment à l'arrêt, faute de devises pour importer des pièces détachées. Conséquence : la production de véhicules au Vénézuéla s'est établie en 2013 à 72 000 unités, 30 % de moins qu'en 2012, pour une capacité installée de 250 000 unités par an. Entre 2006 et 2013, la secteur s'est effondré de 58,2 %, selon la Chambre de l'automobile locale (CAVENEZ), 2014 étant "la pire année" jamais vécue.

En Argentine, traditionnelle base d'exportations pour les constructeurs européens, c'est la baisse de la demande interne, dans un contexte de crise économique, ajoutée à une diminution des achats par le Brésil, destinataire de 80 % des exportations automobiles, qui affecte la production. Selon l'Association des concessionnaires, les ventes locales ont chuté à 500.000 unités entre janvier et septembre, contre 750.000 unités sur la même période de 2013. Des sources du secteur estiment la baisse de production à plus de 24 % sur les neuf premiers mois de l'année par rapport à 2013, des chiffres similaires pour l'exportation.

En 2013, face à l'impossibilité de réaliser des économies en dollars - la monnaie privilégiée pour se prémunir des aléas du peso, mais quasi introuvable dans le pays - beaucoup d'Argentins avaient investi dans des voitures. Mais cette année, le gouvernement a dû lancer un plan d'aides, dont le principal bénéfice a été de "mettre un plancher à la chute du marché", a expliqué Dante Sica, consultant chez abeceb.com. Les syndicats affirment que 15 000 travailleurs sont placés au chômage technique partiel chaque mois.

Juliette Rodrigues