Comment le dollar influence la stratégie des constructeurs (2/2)

Le dollar fort constitue un avantage supplémentaire pour les constructeurs européens et japonais déjà aidés par le niveau bas des prix de l’essence et le rebond de la demande de voitures neuves en Amérique du Nord. Il encourage les constructeurs étrangers à exporter davantage de véhicules aux Etats-Unis, à offrir des primes plus élevées aux concessionnaires et à monter en série des équipements qui étaient proposés jusqu’ici en option. Nissan prévoit de fabriquer davantage de véhicules au Japon cette année pour le marché américain, mais l’impact sur les bénéfices sera « marginal » car il fabrique un grand nombre de ses véhicules en Amérique du Nord, a indiqué Carlos Ghosn, le président du constructeur. La filiale américaine de Mercedes espère recevoir une part plus importante de la production de sa maison mère allemande. Ce devrait être également le cas d’autres marques allemandes, d’autant que la croissance ralentit en Chine et que la demande s’effondre en Russie. Volvo va pour sa part profiter de la vigueur du billet vert pour commencer à exporter cette année aux Etats-Unis des voitures qu'il fabrique en Chine. La dépréciation du yen a gonflé les bénéfices de Toyota et ceux de Fuji Heavy, et aidé Honda et Mazda à compenser d’autres problèmes auxquels ils sont confrontés. Daimler prévoit quant à lui de gagner cette année plus d'un milliard d'euros du fait du dollar fort. Pour les constructeurs de Detroit, l’appréciation du dollar présente des inconvénients. Elle les pénalise en particulier sur les segments des voitures de luxe et des tout-terrain de loisir compacts, sur lesquels les Allemands et Japonais étaient déjà très bien placés, et elle réduit aussi le chiffre d’affaires qu’ils réalisent à l’étranger. La vigueur du dollar pourrait toutefois aider FCA dans ses efforts pour accroître les ventes d’Alfa Romeo aux Etats-Unis, les véhicules de la marque italienne étant importés d’Italie.L'appréciation du dollar par rapport au yen a par ailleurs conduit certains constructeurs américains, dont Ford, à fustiger ce qu’ils considèrent comme une politique délibérée de la part du Japon pour affaiblir sa devise et favoriser ainsi ses exportations.

Frédérique Payneau