Carlos Tavares prudent concernant les perspectives du marché européen

Lors de la conférence Automobile Business Club organisée le 3 juillet par l'USINE NOUVELLE, le président de PSA Peugeot Citroën Carlos Tavares s'est montré prudent concernant les perspectives du marché automobile européen, malgré une progression continue des ventes depuis neuf mois. « Au niveau du marché européen la situation me paraît toujours assez sombre », a-t-il déclaré, ajoutant qu’on ne pouvait « pas parler malheureusement de fin de la crise ».

Les ventes de voitures neuves dans l'Union européenne ont connu en mai leur neuvième mois de hausse consécutive, mais elles restent à un niveau bas. En 2013, 11,8 millions d'unités ont été écoulées dans les 27 pays de l'UE. « La tendance est maintenant positive, les choses s'améliorent lentement mais elles s'améliorent. La question est de savoir si c'est durable », a souligné M. Tavares. « Tant que nous n'aurons pas dépassé à nouveau les 16 millions de véhicules vendus au niveau européen par an et les 2 millions en France », soit les niveaux enregistrés avant la crise, « on ne peut pas parler d'une véritable amélioration », a-t-il averti.

Le dirigeant a par ailleurs mis en garde contre un environnement défavorable à l'automobile. La place de la voiture est par exemple de plus en plus remise en question dans les centres-villes. « Nous n'avons pas intérêt en Europe à enlever à l'automobile son rôle d'offrir de la liberté de mouvement à nos concitoyens », faute de quoi « on risque de se tirer une balle dans le pied », a-t-il estimé.

M. Tavares a également réaffirmé que PSA n'envisageait pas de fermer de nouvelle usine, après celle d'Aulnay-sous-Bois en région parisienne, avant au moins deux ans. « Fin 2016, c'est notre premier rendez-vous pour mesurer à quel point nous aurons réussi à redresser économiquement l'entreprise. C'est à ce moment-là que nous ferons le bilan », a-t-il rappelé.

Le redressement du groupe « est indépendant du marché. Il se fera ! Nous avons l’ambition de devenir un constructeur mondial. Nous ne le sommes pas encore assez », a déclaré M. Tavares, qui achève une tournée des usines du groupe. Il lui reste encore les sites de Sevelnord et de Madrid à visiter. « Je suis très confiant. Les visites que j?ai faites m?ont convaincu de l’énormité du potentiel. Mais c’est comme si pendant plusieurs décennies, on n’avait rien demandé à nos collaborateurs ! La bonne nouvelle, qui est en même temps la mauvaise nouvelle, c’est qu’il y a beaucoup de choses qui ne sont pas optimales. Nous avons évoqué hier avec les directeurs d’usine d’Europe occidentale des leviers de performance industrielle, et nous nous sommes aperçu que nous avons énormément de potentiel en la matière », a-t-il déclaré.

« Nous avons trois problèmes : des frais fixes trop importants, un problème de prix net car nous ne communiquons pas suffisamment sur la qualité de nos produits pour justifier des prix au moins égaux à ceux de nos concurrents, comme par exemple sur la 308 qui a été élue voiture de l’année. Et nous avons un problème de coûts variables qui nous pousse à améliorer notre performance industrielle », a expliqué M. Tavares. La surcapacité de l’outil industriel européen vient s’ajouter à ce contexte difficile, a-t-il souligné.

Pour Carlos Tavares, la compétitivité ne se résume pas à une histoire de coût de la main d’?uvre. « Beaucoup de véhicules mainstream vendus en dessous de 10 000 euros ne peuvent plus être fabriqués en France en étant rentables. Mais cela nous laisse tout le reste du marché ! Il faut éviter la caricature : la part de la main d’?uvre représente environ 15 % du prix de revient d’une voiture. Il ne faut donc pas réduire la compétitivité à une question de prix de main d’?uvre », a-t-il déclaré. Les usines françaises ont été construites il y a 50 à 30 ans : « A l’époque, ce qui était gros était beau. Aujourd’hui, nous sommes dans le monde l’efficience et nous cherchons à optimiser les flux et à obtenir une certaine compacité de nos outils, à dimensionner au plus juste, et surtout à faire bien du premier coup », a-t-il souligné. Les outils français ne sont pas homogènes, d’après M. Tavares : « Il y a du benchmark à faire. Je ne vais pas citer de noms pour ne pas créer de traumatismes, mais dans certains de nos sites français, 70 % des véhicules sont bons du premier coup, d’autres sont à 90 % ».

Concernant Peugeot, Citroën et DS, M. Tavares a affirmé leur vocation à être des marques mondiales. « DS est un travail de longue haleine. En Allemagne, il a fallu trente ans à Audi pour y arriver. Il faut donner vingt ans à DS pour prendre racine dans le premium. J?ai découvert récemment les six prochains modèles de DS, et ils sont ahurissants de talent ! », a-t-il déclaré. Le dirigeant défend l’idée de lancement de modèles au niveau mondial : « La nouvelle DS6 WR que venons de lancer en Chine ne respecte pas la réglementation européenne, nous ne pouvons donc pas la vendre en Europe », a-t-il déploré.

PSA va maintenir ses investissements. « Nous dépensons 7 % à 8 % de notre chiffre d’affaires en R&D. Cela équivaut à 8 % ou 10 % chez nos concurrents car nous mettons en ?uvre des procédures qui génèrent des économies. Si je réduis le nombre de véhicules de 45 à 26, j?économise de la R&D que je peux allouer ailleurs. Si je travaille avec Dongfeng à un centre technique commun, je bénéficie de ses prestations. Sur l’ensemble des coopérations, nous partageons les tickets d’investissements et cela représente des économies », a expliqué M. Tavares.

A ce sujet, concernant la technologie Hybrid Air développée par le groupe avec Bosch, Carlos Tavares a confirmé l’intérêt du groupe mais a expliqué qu’il attendait que d’autres partenaires, hormis PSA et Dongfeng, s’associent pour partager l’investissement. Il a par ailleurs confirmé vouloir développer un hybride rechargeable essence-électricité d’ici à trois ou quatre ans. Concernant le véhicule autonome, « les premières étapes seront visibles chez nous d’ici à 2020-2022 avec d’ici là des démonstrateurs », a annoncé M. Tavares. « Le véhicule autonome, c’est bien, mais ce n’est pas quelque chose d’essentiel. Cela apporte un confort d’utilisation dans certaines conditions. Mais la question sera de savoir qui va faire quoi dans le véhicule autonome, et elle sera longue à trancher », a-t-il conclu. (AFP, USINENOUVELLE.FR 3/7/14)

Alexandra Frutos