Carlos Ghosn ne veut pas que de nouveaux objectifs de réduction des émissions de CO2 aient des conséquences négatives sur l'emploi et la croissance

Le président de Renault Carlos Ghosn a prévenu le 12 juin que de nouveaux objectifs de réduction des émissions de CO2 pour le secteur des transports en Europe ne devraient pas se traduire par des conséquences négatives sur l'emploi et la croissance. « Nous devons faire en sorte que d'ambitieuses politiques de lutte contre le réchauffement climatique n'entrent pas en conflit avec la nécessité de protéger les emplois et la croissance en Europe », a-t-il affirmé. S'exprimant lors d'une conférence de presse à Paris en tant que président de l'Acea (Association des constructeurs d’automobiles européens), le dirigeant a en outre appelé les autorités européennes à ne pas viser spécifiquement les véhicules fonctionnant au gazole, affirmant que le diesel était nécessaire pour atteindre les objectifs actuels, à l'horizon 2020.

M. Ghosn a rappelé que l'industrie automobile européenne employait « 12,1 millions de personnes, directement ou indirectement, soit plus d'un Européen actif sur vingt », et souligné que ce secteur se relevait à peine de la grave crise déclenchée en 2008. « Etant donné les incertitudes économiques auxquelles font encore face de nombreux pays, nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher nos efforts. C'est pour cela qu'il est plus important que jamais de faire en sorte que la compétitivité de notre secteur [...] reste l'une des priorités au niveau des instances européennes et des pays » membres, a-t-il encore plaidé.

« La semaine prochaine, la Commission européenne va lancer son processus de consultation sur la réduction des émissions carbonées du transport routier », a indiqué M. Ghosn, après avoir rappelé la promesse de cette instance de « stimuler l'emploi, la croissance et les investissements ». Etablir des objectifs de CO2 « ambitieux est positif, mais imposer des objectifs trop ambitieux risque de créer des handicaps de compétitivité pour l'industrie européenne sur le marché mondial », a prévenu le dirigeant, pour qui « aucun autre secteur que l'automobile n'en a autant fait pour réduire les émissions de CO2 ces dernières années ».

M. Ghosn a en outre appelé les autorités européennes à ne pas viser spécifiquement les véhicules fonctionnant au gazole, affirmant que le diesel était nécessaire pour atteindre les objectifs, actuels et futurs. Les moteurs au gazole équipent un tiers du parc européen de voitures particulières, et une voiture neuve vendue sur deux est un diesel, selon lui. Or, « les diesels modernes ont été encouragés par les autorités en Europe, en reconnaissant leur capacité à réduire davantage les émissions de CO2 que les moteurs à essence. Tous les constructeurs ont suivi ces incitations en investissant énormément dans la technologie des diesels propres », a-t-il rappelé. « Cette tendance à taper sur le diesel est très préoccupante », a insisté M. Ghosn, assurant que mettre les anciens diesel et les nouveaux moteurs Euro-6 « dans le même panier » était « injuste vis-à-vis des efforts » déployés par les constructeurs pour rendre ces moteurs moins polluants. « Tout signe politique sur une volonté de faire disparaître les moteurs diesel de l'éventail disponible pour atteindre les objectifs moyens de CO2 à travers les gammes se ferait au détriment de la capacité des constructeurs à atteindre les objectifs actuels » de 2021, a prévenu le dirigeant. « Nous voulons améliorer la qualité de l'air, mais le faire en augmentant les émissions de CO2 n'est pas la bonne solution », a-t-il ajouté. (AFP 12/6/15, FIGARO 13/6/15)

Alexandra Frutos