Carlos Ghosn évoque les ambitions de Renault en Chine

Interrogé en marge du Salon de Shanghaï, le président de Renault Carlos Ghosn indique qu’il envisage une croissance moindre du marché automobile chinois dans les années à venir, croissance qui laissera néanmoins de la marge « à tout le monde ». Au moment où le groupe français construit sa première usine à Wuhan, M. Ghosn rappelle son objectif de conquérir dans un premier temps 3,5 % du premier marché mondial et appelle les autorités chinoises à inciter davantage leurs administrés à acquérir des voitures électriques.

« A mes yeux, une croissance [du marché chinois à moyen terme] de 6 % ou 7 % est encore robuste. Evidemment, c'est en deçà des croissances à deux chiffres des années précédentes, mais ce qu'on voyait à l'époque n'était franchement pas durable. Cette cadence ralentie est durable et représente quand même plus d'un million de voitures supplémentaires par an, ce qui laisse de la marge de progression à tout le monde », déclare M. Ghosn. « En Chine, il est pratiquement impossible de croître si vous n'êtes pas constructeur local, si vous n'assemblez pas vos voitures localement. Jusqu'à maintenant, nous avons plutôt importé des voitures en Chine, des voitures qui venaient de Corée, ce qui limitait forcément nos ambitions. Nous avons vendu un peu plus de 30 000 voitures l'année dernière, il est pratiquement impossible d'aller au-delà. 30 000 voitures sur un marché de 20 millions, vous vous rendez bien compte qu'il y avait un appel pour aller y installer une usine. Cette usine de Wuhan va commencer à produire en fin d'année, avec le Kadjar. Il sera suivi par d'autres voitures qui seront fabriquées localement », explique le dirigeant.

« Je pense que, dans un premier temps, il serait normal de dire qu'en Chine, nous visons une part de marché qui soit la part de marché moyenne du groupe sur le plan mondial. Donc, on s'est pris comme référence 3,5 % [...] comme première étape. Mais 3,5 % d'un marché de 20 millions, c'est déjà 700 000 voitures », ajoute-t-il. « Quand on regarde les réglementations en matière d'émissions, et surtout les exigences du gouvernement chinois, ça passe forcément par des voitures zéro émission et les seules voitures zéro émission qui existent aujourd'hui ce sont les voitures électriques. On est dans une situation dans laquelle les constructeurs d’automobiles sont soumis à une condition, [celle] d'amener des technologies nouvelles, notamment zéro émission, pour pouvoir s'implanter ou se développer en Chine; cela faisait partie des conditions d'implantation de Renault », explique par ailleurs M. Ghosn.

« L'Etat chinois veut des voitures électriques, les constructeurs ont apporté leurs technologies, et aujourd'hui, le problème c'est que les consommateurs n'achètent pas suffisamment de voitures électriques. Cela veut dire qu'il faut qu'on négocie mieux avec les autorités nationales et locales des systèmes d'incitation à l'achat de voitures électriques qui, pour l'instant, ne sont pas au point. Mais je suis confiant, parce qu'objectivement, tout le monde a intérêt au développement de la voiture électrique en Chine », ajoute-t-il. (AFP 20/4/15)

Alexandra Frutos