Brésil : la fin du mirage automobile ? (1/2)

Le gigantesque scandale de corruption qui ébranle le Brésil depuis un an a commencé à produire des effets dévastateurs sur l'ensemble de l'économie, entamant la confiance des consommateurs, observent Les Echos. Longtemps portée par la hausse du prix des matières premières et le crédit facile, la septième économie mondiale est minée par la récession, l'inflation et le chômage. La faible industrialisation et le manque d'investissements empêchent un redécollage rapide. Les grands noms du secteur automobile ont misé gros au Brésil durant les années fastes. Ils sont aujourd'hui rattrapés par la crise et voient leurs ventes s'effriter. Pourtant, à l'instar de PSA ou de Renault-Nissan, la plupart continuent de croire au potentiel de cet énorme marché et n'envisagent pas d'y réduire la voilure.

Renault a essuyé l'an dernier des pertes de 270 millions de reais (environ 60 millions d'euros) au Brésil. Cette année, ses ventes sur place sont en recul de 18 % sur huit mois. Après une chute vertigineuse des ventes sur le marché intérieur depuis deux ans, c'est l'hécatombe du côté des revendeurs, avec la fermeture de quelque 700 concessionnaires depuis le début de l'année. Dix-sept mille emplois ont déjà été supprimés, selon la Fédération nationale des distributeurs automobiles (Fenabrave). Le symptôme d'une crise profonde, affectant en fait l'ensemble du secteur automobile local. Les constructeurs se mettent en quatre pour ajuster l'offre à la demande et contrôler les coûts, sur fond de récession et d'inflation élevée. En un an, l'industrie a perdu 10 % de ses effectifs, et 27 000 salariés ont été mis en chômage technique. Dans un contexte de crise généralisée, qui a vu le marché dégringoler de près de 20 % cette année, après un recul de 7 % en 2014, la filière automobile traverse une bien mauvaise passe. D'autant que les exportations sont loin de compenser l'effondrement du marché intérieur.

Renault-Nissan et PSA n'échappent pas à la règle. Depuis le début de l'année, les ventes de Peugeot et de Citroën ont plongé de plus de 40 % en moyenne ; celles de Renault accusent un repli de près de 18 % sur les huit premiers mois de l'année et de 25 % pour les véhicules commerciaux légers. Seul Nissan est parvenu à stabiliser ses ventes tant bien que mal. Sur le marché brésilien, la marque japonaise dépasse désormais PSA. François Dossa, patron de sa filiale locale, évite le triomphalisme : "Nous allons le mieux possible dans un pays qui ne va pas très bien. Le marché est très déprimé. C'est mauvais pour tout le monde", indique-t-il. Avec une part de marché de 7 % sur les véhicules légers, Renault, lui, est désormais devancé par Hyundai, à la sixième place du classement des constructeurs.

Les déboires des groupes automobiles sont, au choix, le fruit d'un mauvais timing ou d'une erreur d'appréciation. Lancée en période de forte croissance, la dernière grande vague d'investissements produit ses effets au plus mauvais moment. les nouveaux modèles "made in Brazil" arrivent sur le marché en pleine crise, qui n'est plus en mesure de les absorber. Aujourd'hui, le pays se retrouve avec une capacité de production de 4,6 millions de véhicules, alors que l'industrie ne prévoit d'en assembler guère plus que 2,5 millions d'unités cette année (toutes catégories confondues). "On tablait sur un marché de 4 millions de véhicules en 2015 au Brésil, qui était en passe de devenir le troisième plus grand marché mondial", confiait cet été Carlos Gomes, responsable des activités de PSA en Amérique latine, en marge du salon de Buenos Aires. "On parle maintenant de 2,6 millions. C'est comme si 1,4 million de véhicules s'étaient évaporés".

Dans la profession, le pessimisme est de mise. Car la crise économique dans laquelle se débat le Brésil depuis des mois est beaucoup plus sévère que prévu. Alors que l'ANFAVEA (Association des constructeurs) misait sur une stabilité des ventes au début de l'année, elle prévoit désormais un recul de 20 %. "Je n'arrive pas à entrevoir une reprise du marché", reconnaissait récemment son président, Luiz Moan Yabiku.

Durant les années fastes, portées par la croissance de la demande, l'industrie automobile a profité à plein de l'explosion du crédit et de l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages. Des dizaines de millions de Brésiliens ont alors gonflé les rangs d'une nouvelle classe moyenne émergente. "Avec une idée en tête : acheter une voiture", explique un expert local. Mais ce modèle de croissance basé sur la consommation a fini par montrer ses limites. Dilma Rousseff a été réélue à la présidence en octobre dernier en promettant la continuité, mais elle a finalement dû faire le choix de la rigueur pour tenter de corriger des déséquilibres qui menacent toujours le Brésil. Lors de la fête nationale du 7 septembre, elle évoquait ainsi une cure d'austérité et des "remèdes amers".

Juliette Rodrigues