Brésil’: les difficultés économiques mettent un coup de frein à l'industrie automobile

Le marché automobile brésilien, qui était devenu le quatrième marché mondial au cours des dernières années, montre des signes d’essoufflement. Il a chuté de 7,1 ?% l’an dernier, à 3 498 012 unités, tandis que la production a diminué de 15,3 %, à 3 146 118 unités, a récemment annoncé l’Anfavea (Association des constructeurs au Brésil). "En 2014, nous avons affronté une série de défis comme la restriction des crédits, de nombreux jours fériés en raison de la Coupe du Monde de football, et une conjoncture complexe dans le commerce extérieur", a indiqué Luiz Moan Yabiku, président de l’Anfavea. "La production de véhicules a atteint cette année son plus bas niveau depuis cinq ans", a ajouté M. Yabiku, "ce qui a entraîné la perte de 12 400 emplois dans le secteur". Dans tout le pays, la tendance à la baisse du chômage enregistrée au cours des dernières années (avec un taux de 6,8 ?% selon les dernières données officielles) est bel et bien révolue.

De passage à Rio de Janeiro pour le lancement d’un nouveau moteur Nissan, Carlos Ghosn, président de l'entreprise, n’a pas caché sa "?déception’" concernant l'année 2014. Pour 2015 "?on peut au mieux s’attendre à un marché stable, mais il est plus probable qu’il chute", a-t-il déclaré. Les exportations du secteur automobile ont elles aussi reculé, en raison notamment de l’effondrement du marché argentin. M. Ghosn a toutefois affirmé que les investissements de Nissan au Brésil étaient maintenus et que le marché local devrait connaître un scénario plus encourageant à partir de 2016. "Nissan sera le plus grand constructeur japonais au Brésil à terme", a ajouté M. Ghosn.

Directement impactée par la crise qui frappe le pays, l'industrie automobile brésilienne a été secouée début janvier par de vastes mouvements de grève. Des milliers d'ouvriers ont manifesté début janvier près de São Paulo, à l'appel du Syndicat de la métallurgie, contre des licenciements annoncés chez Volkswagen (800 personnes)et Mercedes (244). Les 13 000 travailleurs de la plus grande usine Volkswagen du Brésil, située à São Bernardo do Campo (Etat de São Paulo), ont ensuite entamé une grève illimitée pour protester contre ces licenciements et forcer la direction à ouvrir des négociations. "Nous luttons pour l'annulation de ces licenciements. Rien ne nous importe plus que les emplois des 800 pères et mères de familles licenciés de Volkswagen et des 244 pères et mères de familles (licenciés) de Mercedes", a déclaré le président du Syndicat de la Métallurgie, Rafael Marques.

Les difficultés du secteur automobile reflètent celles d’une économie en pleine stagnation. BNP Paribas prévoit une croissance nulle cette année, comme ce fut le cas en 2014. Nouveau signe de la détérioration de la conjoncture, le Brésil a enregistré l'an passé son premier déficit commercial (3,9 milliards de dollars) depuis l’an 2000. Armando Monteiro Neto, le nouveau ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur, a justement été nommé pour renforcer la compétitivité des entreprises brésiliennes sur le marché international. Mais, dès sa prise de fonction, cet ancien chef du patronat local n’a pas caché qu’il craignait les effets de la rigueur promise par le nouveau ministre des Finances, qui prévoit d’emblée des coupes budgétaires de l’ordre de 8 milliards d’euros.

Juliette Rodrigues