Avec les voitures autonomes, les constructeurs visent le « zéro accident » (2/2)

Ce vaste mouvement se dirige vers un objectif ultime : la voiture 100 % autonome. Dans la foulée de Google, dont les prototypes parcourent déjà la Californie, plusieurs constructeurs (Renault, Nissan, Audi, Mercedes, Volvo) promettent l'arrivée sur les routes de la voiture sans conducteur d'ici à 2020. « Plus de 80 % des accidents sont dus à une erreur humaine. La voiture autonome va permettre de franchir un palier déterminant en matière de sécurité », estime Guillaume Devauchelle, directeur R&D de Valeo, qui en fait son cheval de bataille technologique. La voiture autonome se veut bien plus sûre que la conduite humaine, même celle d'un professionnel. Les premières solutions sont déjà commercialisées, comme les systèmes de conduite à basse vitesse (moins de 40 km/h), présents sur différents modèles de haut de gamme allemands (Mercedes Classe C et S, BMW X5, X6).

Ces perspectives attractives doivent toutefois être relativisées. De plus en plus « intelligente » et connectée, la voiture devra pouvoir s'appuyer aussi sur une infrastructure intelligente et convaincre de la fiabilité absolue de ses systèmes électroniques. Sans compter la question du coût : facturées en option (1 200 euros pour le pilote automatique en embouteillage de BMW), les solutions devront convaincre les automobilistes de dépenser plus. Quant à l'émergence de la voiture autonome, elle devra attendre l'évolution du cadre réglementaire : aujourd'hui, la convention de Vienne oblige encore l'automobiliste à garder ses mains sur le volant.

Renault-Nissan s’attend à voir les premières voitures à conduite autonome apparaître sur les routes en 2018, à condition que la réglementation ait évolué d’ici là, a déclaré Carlos Ghosn début juin lors d’une intervention à l’Automobile Club de France. Le président de Renault et de Nissan estime que la France sera un des pays pionniers pour ces véhicules autonomes. « Les bénéfices sont tels que c’est inévitable. Il n’y a aucun doute », a déclaré le dirigeant. Les bénéfices dont il parle sont liés à la sécurité routière, pour laquelle la voiture autonome sera « une étape décisive » qui permettra « de rendre les routes beaucoup plus sûres en moins d’une génération ». Il y a également, du côté des avantages, « l’amélioration de la qualité de vie » puisque la voiture autonome peut permettre de rendre plus de temps disponible et de le rendre plus agréable. Ainsi, la voiture autonome se conçoit simultanément avec la voiture connectée, a-t-il souligné. Il y a aussi la possibilité de la rendre accessible à des gens qui n’ont justement plus suffisamment d’autonomie.

La voiture autonome, ce n’est donc pas un problème de faisabilité et les technologies qui permettent l’analyse de l’environnement du véhicule existent, pour la plupart issues de l’industrie aéronautique et des drones. Renault a ainsi présenté au début de l’année le prototype Next Two, Nissan en ayant également un en test aux Etats-Unis. « Plus que la faisabilité technique, c’est la résolution des problèmes législatifs qui va prendre du temps », a souligné M. Ghosn. « Nous avons besoin du soutien volontariste des pouvoirs publics pour un changement de règlementation », a-t-il ajouté.

Carlos Ghosn estime que les premiers véhicules autonomes seront en circulation sur les routes dès 2018 dans des pays pionniers tels que les Etats-Unis, le Japon et la France, avec un début de commercialisation en Europe en 2020. Les Etats sont invités à plancher sur la législation et surtout à définir « qui est responsable de ce véhicule à partir du moment où il n’y a personne dedans », a indiqué le dirigeant de Renault.

Alexandra Frutos