Au Salon de Moscou, les constructeurs font le dos rond en attendant des jours meilleurs

A renfort de nouveaux modèles rutilants, les constructeurs font les yeux doux aux consommateurs au salon automobile de Moscou, préparant l'avenir sur un marché qu'ils jugent incontournable malgré l'effondrement des ventes provoqué par la crise ukrainienne. Les organisateurs attendent un million de visiteurs malgré ce climat morose.

Le marché automobile russe, qui était devenu en 2012 le deuxième en Europe après l'Allemagne avec 2,9 millions d'unités vendues, se replie depuis près d'un an et demi. Avec la crise ukrainienne, la correction des ventes, vue il y a un an comme une pause nécessaire, s'est transformée en déroute qui échappe à toute logique économique. "On est dans une situation extraordinaire, c'est compliqué de modéliser", reconnaît Guillaume Cartier, en charge des ventes de Nissan en Europe.

Face à une escalade des tensions entre Moscou et les pays occidentaux et une économie au bord de la récession, les consommateurs hésitent avant de se lancer dans des achats coûteux. La chute de la monnaie renchérit véhicules et pièces détachées importés. Résultat : la baisse des ventes a atteint 23 % en juillet par rapport au même mois un an plus tôt, selon l'Association of European Business (AEB), et les représentants du secteur confirment qu'août n'a pas apporté d'amélioration notable. Le secteur fait le dos rond et reporte son optimisme pour le long terme, mettant en avant l'émergence d'une classe moyenne encore sous-équipée.

"La situation est très difficile, mais nous croyons à une reprise de la demande", a assuré le président de Hyundai Motor pour la Russie, Yong-Key Koo. "La Russie joue un rôle vital dans notre stratégie malgré les difficultés récentes. Nos objectifs en Europe ne peuvent être atteints sans la Russie", a renchéri Matthias Seidl, directeur pour d'Opel pour la région Europe, qui espère devenir numéro deux sur le Vieux continent d'ici à 2022.

Pour séduire les Russes avec des modèles adaptés aux goûts et climat locaux, mais aussi se protéger des soubresauts du rouble, la plupart des constructeurs ont fortement investi dans le pays ces dernières années pour y localiser au maximum leur production. Opel a ainsi présenté une édition "Moscou" de sa berline Insignia, son modèle le plus vendu en Russie. Ford, qui vend actuellement deux fois moins de voitures qu'il y a un an en Russie et va y supprimer 700 postes, a de son côté dévoilé une version "made in Russia" de sa Fiesta, sa citadine "best seller" dans le reste de l'Europe.

Renault-Nissan, outre ses usines propres, assemble désormais des modèles directement sur les lignes de production sur la Volga du numéro un local Lada, dont il a pris récemment le contrôle. L'alliance franco-japonaise vient d'y lancer sa marque à bas coût Datsun qui ne vend que des modèles produits localement. "L'industrie est inquiète", admet Vincent Cobee, responsable mondial de la marque Datsun, qui évoque une actualité "anxiogène". Mais "c'est un phénomène temporaire économique et politique. (...) L'intérêt de tout le monde c'est que les choses se stabilisent", poursuit-il, assurant que même dans les scénarios pessimistes, le marché russe restera plus gros que le français. "Oui, le marché russe va grossir et devenir numéro un en Europe", renchérit Guillaume Cartier, chez Nissan. "Quand ? c'est là où on a des incertitudes".

En attendant, les usines tournent au ralenti. Selon la presse russe, General Motors a mis son usine de Saint-Pétersbourg au chômage technique jusqu'à la mi-septembre. Citroën, implanté dans le pays depuis cinq ans, a arrêté sa production plus longtemps que d'habitude à Kalouga pendant l'été et se prépare à subir la première baisse de ses ventes depuis son implantation en Russie il y a cinq ans. "Le marché souffre et plus particulièrement le coeur du marché", explique Jean-Louis Chamla, directeur de la marque en Russie. Mais "la Russie reste un marché stratégique (...) qui continuera de se développer fortement dans les prochaines années, même si c'est à un prix difficile aujourd'hui".

Juliette Rodrigues