A leur tour, les BRIC cèdent la place à de nouvelles zones de croissance

Les grands groupes automobiles devront se tourner vers de nouveaux pays émergents au cours des prochaines années s’ils veulent maintenir leur croissance mondiale. Une étude de Boston Consulting Group (BCG) indique en effet que ces pays (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Turquie, Arabie Saoudite, Nigeria...) constituent "la dernière opportunité de croissance d’un monde où les marchés sont, soit matures, soit à faible développement, et où les positions clés ont déjà été attribuées dans les BRIC (Brésil, Russie, Chine, Inde)".

Bien que de taille souvent plus modeste que leurs grands frères BRIC, ces nouveaux marchés devraient afficher un taux de croissance annuel de 6 % d’ici à 2020 et représenter 20 % des ventes mondiales à ce même horizon, détaille BCG. Cette croissance serait ainsi quatre fois supérieure à celle des marchés "traditionnels" que sont l'Amérique du Nord, l'Europe et le Japon. Quant aux BRIC, même s'ils donnent actuellement des signes de ralentissement (le marché russe a reculé de 6,2 % au cours des neuf premiers mois de 2013 et l’Inde de 4,7 %), ils devraient afficher d'ici à 2020 une croissance annuelle de 10 % pour l'Inde, de 6 % pour la Chine, de 5 % pour le Brésil et de 4 % pour la Russie.

Très peuplées (40 % de la population mondiale vit dans ces nouveaux pays émergents), mais sous-motorisées, ces nations voient leurs infrastructures routières se développer et une classe moyenne progresser. En Asie, l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande devraient, selon BCG, passer le cap des 4,6 millions de ventes de voitures en 2020, contre 3,1 millions en 2012, et dépasser ainsi la Russie. L'Indonésie, notamment, devrait se distinguer parmi ces nouveaux marchés émergents, avec 1,7 million de voitures vendues chaque année à l'horizon 2020. De même, le Moyen-Orient pourrait atteindre en 2020 les 5,8 millions de ventes de voitures et dépasser le Brésil.

Boston Consulting estime à ce sujet que les régions les plus prometteuses pourraient être réparties en quatre zones ou "clusters" : l'ANSEA (qui regrouperait l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande), le Moyen-Orient (Iran, Arabie Saoudite et Turquie), les pays andins d'Amérique du Sud (Argentine, Chili et Colombie), et ceux de la ceinture Nord-Africaine (Algérie, Egypte et Maroc). Le groupe souligne que les constructeurs d'automobiles devraient ajuster leur stratégie de marketing à chacune de ces nouvelles zones. "Une approche marketing unifiée ne fonctionne pas", explique le groupe de consultants, qui préconise plutôt une approche spécifique pour chaque région. "Chacun de ces clusters a une taille différente, des consommateurs différents, et un environnement différent, et peu de constructeurs (à l'exception de Toyota en Asie du Sud-Est) ont réussi jusqu'ici à s'y imposer", explique BCG. Par exemple, les Indonésiens apprécient que leurs véhicules à usage multiple aient une garde au sol suffisante en raison des pluies importantes dans la région, tandis que les Malaisiens préfèrent les berlines bon marché et que les Thaïlandais optent en grande majorité pour des pick-ups.

La croissance annuelle prévue dans ces clusters d'ici à 2020 est de 4,7 % en Asie du Sud-Est, de 4,6 % au Moyen-Orient, de 5,4 % dans les pays andins d'Amérique latine, et de 4,2 % en Afrique du Nord. Ces quatre zones vont bénéficier de l'essor de leur économie et du développement de leur classe moyenne. La plupart de ces régions sont compétitives, mais si un constructeur parvient à en dominer une, comme Toyota en Asie du Sud-Est, il pourra générer d'énormes bénéfices, indique Xavier Mosquet, responsable de la branche automobile de Boston Consulting.

Boston Consulting précise que son analyse exclut les marchés sud-coréen, mexicain et sud-africain, jugés matures et bien développés, ainsi que les marchés de l'ex-Union soviétique (CEI) et ceux de l'Afrique sub-saharienne, considérés comme prometteurs mais trop fragmentés.

Juliette Rodrigues