2014-2015 : une année faste pour Toyota

Toyota, au coude à coude avec Volkswagen pour la première place mondiale des constructeurs d'automobiles en termes de ventes, reste le leader incontesté quand il s'agit de performances financières. Le groupe a relevé récemment, pour la seconde fois, ses prévisions annuelles, visant des profits historiques. Toyota, comme la plupart de ses compatriotes, a largement bénéficié de la dépréciation du yen, conséquence indirecte de la politique de relance "abenomics" du Premier ministre Shinzo Abe.

Synonyme de recettes accrues à l'étranger, ce mouvement des devises lui permet d'afficher des objectifs vertigineux pour l'exercice qui s'achèvera fin mars 2015. Toyota, qui a déjà accompli 80 % de ses prévisions sur les neuf premiers mois de l'exercice, escompte désormais un bénéfice net de 2 130 milliards de yens (15,3 milliards d'euros, + 16,8 %), alors qu'il tablait auparavant sur 2 000 milliards. De la même manière, le résultat d'exploitation, qui était attendu à 2 500 milliards, devrait atteindre 2 700 milliards (20,22 milliards d'euros, + 17,8 %), tandis que le chiffre d'affaires pourrait progresser de 5,1 %, à 27 000 milliards de yens (194 milliards d'euros).

"Toyota s'est forgé un positionnement unique dans le monde post-crise financière", a commenté Mitsushige Akino, analyste chez Ichiyoshi Asset Management, cité par BLOOMBERG. "C'est devenu la compagnie qui parvient à engranger, perpétuellement, des bénéfices", tout en se faisant remarquer par ses innovations technologiques. Elle a ainsi lancé récemment au Japon une voiture à pile à combustible roulant à l'hydrogène, la "Mirai", qui rencontre un vif succès.

Outre l'impact positif du yen faible, Toyota récolte les fruits de la stratégie mise en place par son président Akio Toyoda, petit-fils du fondateur, qui a décidé de mettre l'accent sur la rentabilité plutôt que de se lancer dans une folle course aux volumes. Le groupe a ainsi décidé de ne pas construire de nouvelles usines pendant trois ans, jusqu'en mars 2016, à la différence de ses concurrents qui ont lancé une offensive en Chine, premier marché automobile mondial. Ce choix se ressent cependant au niveau des ventes, qui sont à la peine. Sur la période d'avril à décembre 2015, le chiffre d'affaires s'est accru de 5,2 %, à 20 115 milliards de yens (150,7 milliards d'euros), mais cette hausse est essentiellement liée aux effets de change favorables. En réalité, le constructeur a écoulé un peu moins de voitures qu'en 2013-2014 (6,74 millions d'unités, contre 6,78 un an plus tôt) et prévoit un volume de 9 millions d'unités pour l'ensemble de l'exercice, en léger recul par rapport à 2013-2014.

Toutefois, sur l'année calendaire 2014, Toyota a commercialisé 10,23 millions de véhicules (+ 3 %), grâce à l'ensemble de ses marques (Toyota, Lexus, Daihatsu, et Hino), une prouesse qui lui a permis de garder le titre de numéro un mondial devant Volkswagen. Mais cette distinction symbolique pourrait bientôt lui échapper. En 2015, Toyota table sur 10,15 millions de ventes, niveau que le groupe allemand a de fortes chances de dépasser.

A l'image de Toyota, les autres constructeurs japonais affichent des résultats financiers très satisfaisants pour 2014-2015, à l'exception de Honda qui a été contraint de revoir ses ambitions en raison de millions de véhicules rappelés pour cause d'airbags défectueux. Mitsubishi, Mazda et Nissan notamment, qui ont déjà publié leurs résultats pour les neuf premiers mois de leur exercice, s'orientent tous vers une excellente année, avec une nette augmentation de leurs profits.

Juliette Rodrigues