Accueil :: Zoom économie de 15h30 :: L’impact du vieillissement de la population active et du manque de salariés diplômés sur l’industrie allemande
Publié le 12/09/2012
L’industrie allemande fait actuellement face un problème préoccupant : la pénurie de salariés qualifiés. En effet, le manque d’ingénieurs est un danger pour la prospérité industrielle du pays. Or, d’ici à 2025, le nombre de travailleurs dotés d’un niveau équivalent au baccalauréat risque d’être réduit d’un tiers.
A titre d’exemple, au sein du groupe Siemens uniquement, il manquera 14 000 salariés qualifiés d’ici à 2020. Dans le land du Bade-Wurtemberg, où siègent Daimler, Porsche, Bosch ou encore Mahle, le manque entre les offres d’emploi de salariés qualifiés et le nombre réel de salariés qualifiés disponibles devrait atteindre 7 500 d’ici 10 ans.
En outre, ce problème touche principalement le « Mittelstand », les petites et moyennes entreprises allemandes, qui sont la colonne vertébrale de l’économie nationale.
En 2012, 105 000 postes d’ingénieurs sont inoccupés dans l’industrie allemande, alors que seuls 18 800 ingénieurs sont actuellement en recherche d’emploi, selon le VDI (fédération des ingénieurs allemands). Les entreprises se voient donc contraintes de délocaliser leurs départements de recherche et développement, notamment vers la France.
Le système éducatif allemand est en partie à l’origine de cette pénurie d’ingénieurs, car seules les universités forment les ingénieurs. Il n’existe pas de formation parallèle. Or, dans les cursus d’ingénierie, 40 % des étudiants d’université abandonnent leurs études dès les premiers semestres.
Mais la pénurie d’ingénieurs en Allemagne résulte également d’un problème démographique. En effet, la moyenne d’âge des ingénieurs allemands est de 45 ans et 21 % des ingénieurs ont plus de 55 ans. En outre, pour 100 ingénieurs de plus de 55 ans, il y en a seulement 87 de moins de 34 ans. A titre de comparaison, en France, où la pénurie de salariés qualifiés ne pose pas de problème, pour 100 ingénieurs de plus de 55 ans, on en trouve 348 de moins de 34 ans.
Dans l’immédiat, la solution proposée par le gouvernement fédéral est d’assouplir les conditions de délivrance de la « Blue Card », un certificat favorisant l’embauche d’ingénieurs étrangers. Ainsi, le 1er mai 2012, l’Allemagne a donné un accès libre au marché du travail pour les ressortissants de pays d’Europe centrale et orientale (pour les pays hors de l’Union européenne). Cela permet aux entreprises d’avoir un nombre suffisant d’ingénieurs pour ne pas délocaliser leurs centres de recherche et développement.
Toutefois cette solution ne résout que le problème de l’embauche d’ingénieurs. Or, le vieillissement de la population active touche tous les niveaux de formation. Chaque année en Allemagne, le nombre des salariés entrant sur le marché du travail est inférieur au nombre des salariés partant à la retraite. Ainsi, le pays pourrait voir sa population active diminuer de 8 millions de personnes d’ici à 2030. A cette date, 25 % de la population active aura plus de 55 ans (contre 15 % actuellement). En France, seuls 17 % de la population active devrait avoir plus de 55 ans d’ici à 2030.
En outre, la population en âge de travailler diminue de 100 000 personnes par an (en raison du taux de natalité de l’Allemagne à seulement 1,36 enfant par femme, soit le plus bas en Europe). D’ici 15 ans, la population en âge de travailler pourrait être réduite de 5 millions de personnes, puis à l’horizon de 2060, elle pourrait diminuer de 27 %, à 36 millions de personnes.
Le gouvernement fédéral allemand espère contrer cette diminution de la population en âge de travailler en repoussant l’âge de la retraite. L’âge de la retraite sera donc reporté, par étape, à 67 ans. Toutefois, cette mesure ne sera obligatoire pour tous qu’en 2029.
Les constructeurs allemands proposent donc leurs propres solutions pour lutter à la fois contre la pénurie d’ingénieurs et le vieillissement de la population active.
BMW propose notamment d’adapter ses lignes de production à ses salariés plus âgés, afin qu’ils puissent poursuivre leur activité. Cette solution, qui a été testée sur une seule ligne de production pour l’instant, a démontré son efficacité, les salariés seniors ayant ainsi pu suivre la cadence d’ouvriers plus jeunes, et ayant également apportés leur expérience à leurs successeurs. Or, BMW estime que cette expérience est une plus-value capitale, particulièrement dans la production de voiture de haut de gamme. L’âge moyen des salariés de BMW est de 41 ans actuellement, et devrait atteindre 46 ans d’ici à 2017.
Porsche de son côté a volontairement embauché uniquement des ingénieurs âgés dans son département de recherche et développement, afin qu’ils apportent leur savoir-faire pour le développement de la 918 Spyder.
Enfin, Daimler est en train de faire évoluer l’échelle des âges maximum fixés pour chaque fonction au sein de l’entreprise. Ces limites d’âge, déterminées selon la pénibilité du travail, devraient être relevées, afin de favoriser l’emploi des seniors.
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